Les 5 groupes inconnus au bataillon de 2006 et reconnus d’intérêt public en 2007
La Maroquinerie, Paris, 1er novembre.
Les Wombats sont jeunes. Les Wombats sont drôles. Les Wombats sont potes avec Paul McCartney. Les Wombats promeuvent les animaux à gros derrière. Les Wombats aiment se foutre sur la g’le et danser sur Joie Division et, surtout, ils donnent une furieuse envie de faire comme eux. Les Wombats ne s’en étant pas tenu à ça, ils ont sorti un octobre un Guide To Love, Loss And Desperation en forme de bande-son de soirée dingue sur un bateau au milieu d’une rivière de Liverpool, meilleur, et c’est pas peu dire, que la pop frâlée de la tribu scandinave de Barcelone, meilleur même que le Fractured Life d’Air Traffic ― qui me rappellent de jeunes Snow Patrol, espérons qu’ils ne finiront pas comme ces derniers ―, meilleur que le Robbers & Cowards de Cold War Kids ― apparaissant là surtout grâce à leurs prestations scéniques, j’avoue ― et meilleur que le duo canadien avec de vrais morceaux de Wolf Parade dedans : Handsome Furs. Tuons le réalisateur, bougeons à New York, dansons sur Joie Division, marions-nous tous ensemble avec notre docteur, Joyeux Noël et vivent les marsupiaux.
Ahahahaha, décidément je ne me lasserai jamais des classements de fin d’année qui n’intéressent absolument personne à part moi mais je m’en fous je fais ce que je veux ici je suis chez moi et je me balade à po-l.
Présentent
Les 5 groupes inconnus au bataillon de 2005 et reconnus d’intérêt public en 2006
Arctic Monkeys, le Bataclan, Paris, 2 mai.
Et oui, toute l’année nous aurons dansé là-dessus [et sur Katerine aussi mais Katerine était déjà connu comme le loup blanc en 2005, lui, donc il compte pas] et force est de constater qu’à l’arrivée, on retiendra plutôt les singes polaires têtes à baffes britanniques que les Loupmaman vintage-touffe australiens, mais alors de peu, hein, parce que les concours d’air guitar sur Woman de cette année, je suis pas près de les oublier. Mais il fallait bien en choisir un, va, et ce un là sera ceux-ci.
Arctic Monkeys
Wolfmother
Mademoiselle K
The Duke Spirit
Guillemots
avec
2005 en 5 chouettes groupes pas connus en 2004
The Arcade Fire
The Dresden Dolls
Brendan Benson
The Hard Lessons
Little Barrie
1996 en 5 groupes blabla tout ça
N/A
Bande-son : Arctic Monkeys ― I Bet That You Look Good On The Dancefloor
Gros papier sur les reformations ce mois-ci dans Rock n’Fluque. Foutrement bien écrit, d’ailleurs. Et terriblement juste. En substance, ça cherche à comprendre pourquoi on y souscrit, pourquoi on va voir des ombres survivantes de combos morts et enterrés ― au figuré et souvent même au propre ― s’approprier leur nom et salir leur mémoire. Comme Ungemuth le dit si bien : « On prend des pâtes à la putanesca, façon putain, donc… il faut des anchois. C’est un fait. Si on retire les anchois, on a des pâtes façon Sylvianne, Jean-Louis ou Mémé, tout ce qu’on veut, mais on n’a plus des pâtes à la putanesca. Voilà. ». Alors pourquoi se foutre délibérément des plâtrées de pâtes à Mémé ? Pour essayer de rattraper l’histoire. Pour dire « je les ai vus », malgré les 30 années de trains de retard, malgré l’étiquette détournée et la poudre aux yeux.
Un groupe mort c’est un groupe mort. Point. Je le sais depuis mon tout premier concert, une vague version de Deep Purple sans âme, toussotant et peinant sur la scène d’un Zénith de l’automne 19931. On ne peut pas revivre l’histoire. On n’était pas né ou on n’était pas à l’affût pour l’âge d’or, c’est tout. C’est mort.
Reste qu’hier soir, j’ai vu Deep Purple. Et Led Zeppelin. Réincarnés dans un combo australien complètement à fond de 5e, le compte-tour dans le rouge, les pistons qui fondent. Stockdale et sa touffe en pétard sautant du haut de ses amplis et maltraitant sa guitare. C’est Jimmy Page ! Ross plié en deux sur son orgue perpendiculaire au sol se payant même le luxe d’un bout de Child In Time judicieusement glissé dans Mind’s Eye. C’est Jon Lord ! Même la set-list sent les années 70, avec seulement 12 titres mais à l’ancienne, étirés à l’infini mais exécutés à trois, sans solo de guitare interminables dont profite le chanteur pour aller backstage tirer une groupie. Non. Des duos de guitare ET orgue interminables. On garde les références violettes et dirigeable dans la gueule tout du long, jusqu’à ce que l’improbable se produise : une reprise de Communication Breakdown survoltée, pleine de sueur, extatique. Voilà. On y est. Bien sûr, Stockdale n’est pas Page. Y a des pains. Mais qui rendent le tout plus vrai. Et puis d’ailleurs, Page ne chante pas avec la voix de Plant. Ni de Jack White2. Stockdale, lui, si. Le Joker & The Thief ― et son accord supersonique ― qui clôt la soirée est renversant. Wolfmother quitte la scène et une salle retournée. Je rêve de fins à l’ancienne, avec rappel sur rappel, jusqu’au bout de la nuit et de nos forces. On est dans les 70’s et on y est bien. L’Élysée, lui, non. 21h45, lumières rallumées. Sur une révélation : la meilleure façon de revivre les années 70, ce n’est pas de voir ceux qui en viennent. C’est de voir ceux qui y sont restés.
1 Ce qui ne m’a toutefois pas empêché d’assister délibérément à trois concerts des Pixies depuis leur reformation, mouton de panurge que je suis. Mais bon, les Pixies, eux, étaient au moins tous bien là sur scène, tout du moins physiquement.
2 Jack White qui n’est pas un rockeur des années 70. Je sais. Mais lui non. Lui dites pas.
Brend-Hann vit le grand inconnu s’approcher du micro. Subjugué par sa stature, pétrifié par sa prestance, le candide breton se sentit submergé par une vague de curiosité mêlée d’un trouble haletant. Le grand éphèbe qui lui faisait face, feintant l’innocence mais sûr de son succès, ondula son corps d’un air mutin, rejeta sa longue cheveleur de jais et lança d’une voix étincelante un long “steady as she goes” au sens mystérieux et aux tremoli plaintifs.
Le temps ralentit. La température était idéale, 10 000 amis extatiques l’entouraient et sa canette de stout n’était pas vide. Dans le crépuscule de cette journée d’été, Brend-Hann était vivant.
Ce n’est qu’alors qu’il sentit la courgette qui se frottait le long de sa cuisse.