2007 en 10 concerts live en public qui meutrirent méchant je te dis pas comment
Était-ce l’atmosphère du 3e soir d’un festival passé entre les gouttes, pliant finalement sous la menace de l’orage qui grondait, ou plutôt l’excitation palpable dans la troupe de photographes massée devant la grille de la fosse au pied de la grande scène1 ? Préparant une dernière fois leurs boîtiers, flottant dans une ambiance de dernier cours avant les vacances, alors que retombait la fatigue de trois jours de galopades incessantes entre scènes et de trois nuits raccourcies par les veilles tardives devant le PC, le troupeau était fébrile. La foule elle-même, derrière nous, semblait nerveuse, prête à jeter ses dernières forces dans l’ultime bataille. L’entrée en scène d’Arcade Fire, sonnant le réveil des troupes, vit également, à cet instant précis des premières notes de Win Butler sur sa mandoline, le vent se lever comme pour grossir le trait du drame de la situation. Les idées pas très claires, distrait par le Keep The Car Running venteux qui se jouait au-dessus de moi ainsi que par les caprices de mon boîtier tout neuf subitement en grève, pas aidé par les néons verticaux jalonnant la scène, je pondrai une série assez pourrie. C’est la vie. On ne peut pas toujours tout avoir.
Le vent qui se levait se changea vite en tempête. Coup de chance, la pluie attendit le 4e titre pour surgir, alors que le fotoapparat était déjà dans le sac. je passai l’heure suivante le nez collé derrière une grille, dégoulinant de mèches trempées, à regarder les Canadiens prendre une envergure impressionnante, U2 en devenir, aspirants-Coldplay, rattrapant ce second Olympia manqué en mars et sublimant leurs titres devant 30 000 personnes noyées mais heureuses. Haïti chaloupé, Intervention grandiloquent, le set atteignit son apogée sur un enchaînement Neighbourhood #3 (Power Out) / Rebellions (Lies) rutilant dans le déluge, foutant la foule à genoux, libérant les fourmis de mes jambes. Le rappel, je le suivis de loin. On était à la bourre de 10 minutes, déjà, et il fallait choper la navette qui redescendait sur Belfort. 15 minutes d’exode sous le déluge, à porter mon sac et celui de Marionre, dont les petites jambes suivaient difficilement les miennes. Au loin dans la plaine, résonnaient encore les coups d’un Wake Up dantesque concluant2 un concert qui, par son ambiance, sa tempête et cet espèce de drôle de sentiment mêlé de travail bien fait et d’adieux pour un an aux sandwiches à la raclette, reste le souvenir live le plus marquant de cette année, plus que la fête garage du Zénith des Stripes en juin, plus même que l’heure passée dans l’intimité d’une PJ Harvey toute en mousseline chez Canal + en septembre. C’est pas peu dire.
Arcade Fire, les Eurockéennes, Belfort, 1er juillet.
Les Suisses sont cools. Les Suisse ont enregistré le concert d’Arcade Fire au Paléo de mercredi et en ont diffusé une heure hier soir. Concert manifestement aussi mortel qu’à Belfort, avec le même enchaînement dingue de Power Out et Rebellion que je vous mets en bande-son parce que s’il faut en retenir un, ce sera celui-là, et la reprise de Poupée de cire, poupée de son qu’ils avaient faite à l’Olympia de mars. L’intégrale est là. Merci Couleur 3.
1 Oui, bon, ça va, hein, arrêtez de rigoler. 2 Une bande-son que je vous déconseille d’écouter avant d’aller manger, parce qu’elle squatte la tête et qu’on se retrouve vite à se trémousser comme un con au-dessus de sa salade sous les yeux de tout son service attéré. Je dis ça parce que cela vient d’arriver à un ami très proche qui souhaite que sa mésaventure serve à d’autres.
Il y a eu du gros son, des galères, des rencontres, des rockers en pédalo, des nuits blanches, des orgies de pastèques, un internat de lycée, un match de fouteballe, une claque énorme sur le Dionysos & Synfonietta malgré la coupure de courant, un Archive magistral et un Muse astronomique entre autres trucs jouissifs : Des Strokes, des Depeche Mode, des Sigur Rós, des Two Gallants, un Katerine en slip scandant « Et un, et un, et un zéro ».
Et il y a eu enfin un retour long, collant et confiné, après lequel je vais plutôt aller roquer en paix dans mon pieu, tiens.