Et en revoyant ça je réalise que si Empire Records semble subitement tout vieux ce n’est pas à cause d’Anthony LaPaglia avec plein de cheveux, Liv Tyler et Renée Zellwegger toutes jeunes ou le fait que la tenue cool en vigueur est un djine troué avec le pull que Kurt Cobain portait pour l’Unplugged de Nirvana ; c’est qu’à la fin de la scène on voit clairement des gens faire la queue pour acheter des disques. Mon dieu comme c’est loin le XXe siècle.
En guise de bande-son et en attendant la prochaine note, qui pourrait mettre le temps à venir, je vous laisse profiter du trop top déjy set qu’Ama-L m’a gentiment invité à faire. Il est là, et j’espère qu’il vous plaira.
Dans la longue liste de défauts qui m’affectent, figure en bonne place la sale manie de réécouter de vieux U2 dès qu’un semblant d’hiver fait mine de se montrer.
1 Ça tombe quand même bigrement bien d’être allé choisir pour la première notasse un titre qui, justement, est le prolongement d’un premier qu’on peut alors exploiter le coup d’après pour la publication de l’autre version de la photo. C’est dingue ce que la vie m’épate, des fois.
« Faire de la photographie c’est provoquer la chance, » dit souvent Juyette. Provoquer la chance, ça veut dire se condamner à la scoliose du photographe en emportant son fotoapparat partout, faire du principe « si je porte un caleçon, c’est que je porte un appareil photo » un sacerdoce et aller traîner partout où c’est possible, souvent sans raison. Surtout sans raison.
On se bloque une soirée, on se prévoit un vague terrain de chasse et on part l’arpenter sans savoir ce qu’on y trouvera. On peut revenir sans avoir pris de photo, revenir avec une tonne de clichés que l’on ne gardera pas ou revenir après dix bornes de marche sur lesquelles on aura défouraillé que deux fois. Peu importe ce qui arrive, l’essentiel est de donner une chance à l’éventuel de se concrétiser, de hanter la ville jusqu’à échouer au milieu du pont Neuf, de repérer un cadrage, de prendre du recul en traversant la rue, de régler son exposition au cas où un truc dingue se produit et de ne pouvoir s’empêcher de penser que tout ça rendrait fort bien si les touristes se barraient pour ne laisser qu’une ou deux personnes mettre en valeur l’endroit.
Dans ce genre de moment, voir Japonais et voitures évacuer les lieux dans le même mouvement, distinguer une fille sortir de la pénombre aussi sûrement que si elle entrait en scène et investir la place comme si trois coups venaient d’être donnés donne une étrange impression d’avoir lancé un Ça tourne ! télépathique auquel répondent les éléments en s’accordant dans un étange balai de circonstances tombant justement juste, comme ce jour-là, comme s’ils cherchaient à recréer ce jour-ci.
Elle attend. Elle s’approche du lampadaire, le temps d’une seule photo, doublée parce qu’on n’a pas confiance en l’autofocus d’un vieux Sigma qui broute. Elle s’éclipse.