J’aurais cru qu’en grandissant, j’aurais arrêté de juger tout ce que fait Jack White avec la plus grande subjectivité. J’aurais cru qu’au moment de le voir sur scène pour la septième fois en cinq ans ― la première de l’ère moderne, ahah j’adore ma nouvelle vie ― avec encore un nouveau groupe1, faire preuve d’une infinie jugeote prête à tailler en pièces son nouveau projet avec la soif de sang d’un chroniqueur de Télérama. Tant qu’à faire, j’aurais également cru pouvoir chouter tranquille depuis le deuxième rang où je m’étais planqué. Mais ça, c’était avant, quand j’étais jeune et naïf.
On passera rapidement sur le fait que les premiers mètres de fosse de la Cigale m’ont englouti dans leur tempête dès la montée en scène du groupe ― au point qu’Eagles of Death Metal et les Subways à côté c’était Pipo et Mollo font du ski ― et que mon salut vint d’un fier compagnon qui risqua sa vie pour m’empêcher de me faire couper en deux2. Tout ce qui compte, c’est que cet anti-Frankenstein musical, créature reconstituée à partir des éléments les plus vivants des Kills, des Raconteurs et des White Stripes, fut à la hauteur de l’attente. La grosse heure que The Dead Weather passa sur scène ne fut qu’un bloc de granit sauvage en pleine gueule, une rave-party capillaire cachant tous les visages de la scène, un festival de déhanchés rock et roll. Je n’ai rien retenu de la setlist, rien suivi des reprises et des compos originales, juste observé ce groupe sans leader ― mais unanimement tourné vers son batteur ― me déverser ses décibels furieux en pleine poire dans une chaleur insupportable jusqu’au complet dessèchement, pendant que volaient les corps sur scène et dans la fosse3. Il n’y a plus qu’à espérer que The Dead Weather se montre tout aussi météortel sur disque… histoire de continuer à me comporter en groupie quelques années de plus.
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1 Y a des gens qui se réveillent avec la gueule de bois un lendemain de grosse murge en réalisant qu’ils ont encore trompé leur copain/copine. Jack White, je l’imagine toujours dans ce genre de situation s’éveiller en se disant « et merde, j’ai encore monté un groupe. »
2 À ce titre merci de pardonner les photos, hein, elle furent tout sauf faciles à prendre.
3 Mention spécial au mec monté sur scène à la fin pour faire un poutou à Alison Mosshart.
Le jeu du jour : grâce au document d’archive fourni, amuse-toi à mesurer le taux d’accroissement capillaire moyen de la section rythmique de Mademoiselle K en 321 jours et compare tes résultats avec tes amis !
Tentons d’oublier l’horrible 1972 que le mirage des plus récentes belles photos de ce monsieur m’a mis dans la tête en écoutant plutôt notre bande de bostoniens reprenant la plus graou des songwriteuses anglaises que l’on vient juste de m’envoyer du Vermont.
Je n’arrête pas de me demander pourquoi, sur cette photo, UN SEUL bonhomme ne bouge absolument pas, et je me dis que ça ferait un chouette sujet de rédaction pour les vacances de Noël.
Mais à part ça, rien.
Bande-son :The Libertines – Don’t Look Back Into The Sun
Bières perdues, cheveux gras à perte de vue. Au milieu le duo d’Akron, Ohio, sorte de White Stripes en moins bicolore et moins mammaire. Pendant une heure, Auerbach et Carney déroulent un blues bien bien roots qui suinte bon le garage ― enfin plutôt l’usine à pneus désaffectée, pour être précis, puisque c’est là-dedans qu’ils enregistrent ― à grands renforts de longs solos cradingues et d’infinies complaintes bluesy en slide. Franchement, à voir le style des gens, les vestouzes vintage des 2 gros sur scène et à entendre la musique qu’ils pondent avec leur matos de papy, on se sent en pleines 70’s quand on secoue la tête sur Your Touch ou que les premiers rangs pogottent gaiement pendant le Set You Free qui précède le rappel. Rappel un peu soporifique, sauvé in extremis par Have Love Will Travel, jouissif comme il faut. Un mec en montera même sur la scène pour faire la bise à Auerbach en guise de remerciement. Yeah1.
Et là, tu te dis en regardant ta photo, puis celle de l’autre jour, que tu es actuellement victime d’une lubie du cadrage funky qui coupe des bouts de gens, à commencer par leurs mains gauches. De la sinistrachirophobie, semble-t-il.