2008 en 10 soirées qui tachent grave je te dis pas
La Maroquinerie, Paris, 28 mai.
Je crois en avoir parlé comme il fallait dès le lendemain du concert. Ce 27 mai, la meute de damnés de Flogging Molly a pris la Maroquinerie, l’a retournée et l’a secouée sans relâche pour en tirer tout le bon jus. De tous les groupes que j’ai vus plusieurs fois, Flogging Molly est de loin celui qui ne déçoit jamais, qui t’offre ce que tu es venu chercher et qui te paie des stouts si tu as de la chance. À côté de cette orgie, le carnaval d’Halloween d’I'm From Barcelona fut une veillée funèbre, la soirée haÿpe d’Oasis et sa baston d’Anglais au bar une soirée pyjama, le crépuscule sudiste de Raconteurs profitant de l’annulation de Winouze pour étirer la magie de ce coucher de soleil d’août un camp scout au coin du feu. Même Radiohead à Arras, me voyant arpenter le fond de la Grand’Place déserté en quête de bouffe, pendant que là-bas, le quintette d’Oxford semblait jouer rien que pour moi dans la vacuité d’un univers duquel je serais le seul atome ; même Arras fut moins intense. Et pourtant.
Flogging Molly c’était ma première accréditation, ma première interview en anglais, mes premières photos de concert et les premiers morceaux de ma fulgurante carrière de DJ le plus talentueux de tout l’ouest du Saulcy1. À bien y réfléchir, si j’en suis là aujourd’hui c’est grâce à ce concert placardé sur ma porte de bureau il y a cinq ans, et donc grâce au groupe, et donc grâce à la fille du Sud qui me l’a fait découvrir fin 2001. Dans ces conditions, difficile d’être objectif à propos d’hier mais de toutes façons, j’ai pas envie. Le concert d’hier soir est à la hauteur de celui d’avant ― mais devant le bon public ― et celui d’encore avant ― mais en configuration plus intensément intime ―. Flogging Molly livre un show du feu de dieu, exécuté à fond de cinquième dans une cave transformée en enfer suintant ― on dégouline déjà tous avant la fin du deuxième titre ―, sur lequel slamment punks à casquettes, rockeux avinés et même des gens normaux. Dave King, fidèle à son rôle de harangueur de foule, est content de revenir en Europe et de trouver quelques Irlandais dans la salle ― « I see the redheads in the back! » ― et partagent ses Guinness tièdes avec le premier rang entre deux morceaux enflammés. Les autres suivent dans un joyeux bordel qui tient la route sans qu’on sache comment, tapent les mains de la foule et distribuent des bouteilles de flotte en pagaille ― la stout, ils se la gardent ―, enfonçant le clou de l’hystérie sur Swagger ou changeant la Maro en taverne dublinoise avec l’accordéon de Whistle The Wind. Vaste bordel électrique. Dans mon imaginaire fantasmagorique, c’est à ça que ressemblait le CBGB. La tempête dure près d’une heure trois quarts sans se calmer, Flogging Molly envoie Drunken Lullabies, Tobacco Island et Devil’s Dance Floor et conclut avec un enchaînement Salty Dog / Within A Mile Of Home / What’s Left Of The Flag mortel. Le Black Friday Rule du rappel, assuré par King seul à la guitare jusqu’au solo, est amputé d’une dizaine de minutes mais finit comme il faut, avant Seven Deadly Sins qui laisse la salle en nage. Flogging Molly descend aussitôt de scène pour serrer la main et signer les trucs de tout le monde en torchant ce qu’il leur reste de stout. Je remonte dégoulinant, le fotoapparat moite et son œilleton bien en place2, dehors aussi c’est l’orage. Je pars sous la pluie avec mes meilleurs souvenirs de Maro défoncés (Datsuns, Gore Gore Girls ou… Beatsteaks). Je n’en attendais pas moins de cette soirée.
Bande-son : Flogging Molly – Within A Mile Of Home (live)
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1 Un épisode bientôt abordé dans l’ABD, bande de veinards, dès que j’aurai enfin réussi à terminer ce !#@$ d’épisode 17.
2 Ça a l’air de rien comme ça, mais retrouver l’œilleton qu’on a perdu dans un choc avec un slammeur et réussir à le retrouver au milieu de ce genre de concert est un exploit du quotidien qui mérite d’être cité ici.
3 chansons que j’ai honte d’aimer, mais que je connais par coeur quand même et que j’adore chanter quand je m’oublie :
C’est trop honteux, je les écrits en blanc tiens.
Stephan Eicher - Rien à voir
Britney Spears - Baby One More Time [mais la version de Travis, hein]
Indochine - Electrastar
3 groupes ou artistes dont je ne pourrai jamais me lasser, même quand je serais un vieux croûton tout ridé :
Répondons au hasard, ça vaut mieux :
Oasis
Pearl Jam
Soul Asylum
Le groupe/chanteur/chanteuse qui me rend gaga, fan de, bref complètement ridicule et pas vraiment malgré moi :
Comme j’en ai marre de répondre tout le temps Jack White, je vais dire Corbier PJ Harvey.
La chanson que j’aurais voulu avoir écrite, composée et éventuellement jouée devant un stade en délire :
Ça dépend de l’époque. Dans l’ordre chronologique :
Depeche Mode - Never Let Me Down Again
Iron Maiden - Drifter
Oasis - Slide Away
My Vitriol - Always: Your Way
Flogging Molly - Black Friday Rule
Black Rebel Motorcycle Club - Heart + Soul
Le groupe que je ne pourrai jamais cesser d’aimer, même si maintenant c’est de la daube, qu’il s’est vendu aux majors et qu’on lui a collé un styliste fou pour le relooker :
Oasis. J’y peux rien, j’ai toujours été dingue d’Oasis.
Le groupe dont je fais partie dans mes rêves les plus fous :
Black Rebel Motorcycle Club. Les têtes de mort, le noir partout et des CDD plus longs que dans le Brian Jonestown Massacre ça me parle, gros.
Le groupe dont j’aurais voulu provoquer le split, et pas que dans mes rêves les plus fous :
Tout ce qui se revendique de la Team Nowhere [enfin jusque là ils se débrouillent pas mal tous seul question splittage] ou associés.
Le chanteur / la chanteuse dont j’aurais voulu, si j’avais été un psychopathe, voler la vie, les amis et la carrière:
Jack White. Oui, ben y a des fois où on est obligé de répondre Jack White.
Le groupe/chanteur/chanteuse dont j’attends de pied ferme la nouvelle production:
Nirvana, Joy Division et Jeff Buckley. C’est long. Sinon il y a aussi le second album de My Vitriol que j’attends depuis maintenant 7 ans alors qu’ils n’ont aucune excuse mortuaire à fournir et que, ne faisant pas partie de la Team Nowhere, ils n’ont pas encore splitté.
Mention spéciale à…
Ma sœur, Noel Gallagher, Anton Corbijn et Dave Gahan, les seins de PJ Harvey et les caleçons moulants de Bruce Dickinson.
C’est une tuerie. Il commence sans payer de mine, musarde à travers un inédit envolé et 4 acoustiques détendues et d’un coup, sans prévenir, il nous balance pour 5 blitz-titres au milieu d’une arène californienne surchauffée et prise d’assaut par la bande de cinglés qui se déchaîne sur scène, orchestrée par son chanteur guinnessomane à la ramasse. Y a des insultes, des chants, de la bière, les cordes sont en feu, les voix égosillées, le son est un peu crade comme si on y était. J’y ai retrouvé intacte les ambiances de la dernière fois et ― surtout ― de la fois d’avant, et ça, pour un live, surtout pour un live d’un groupe qu’on aime beaucoup, d’ailleurs, c’est très rare.
La bande-son à écouter très très fort, bien sûr.
Bande-son : Flogging Molly ― Within A Mile Of Home (live)
Y a des coïncidences bizarres dans la vie, comme rentrer avec le dernier métro de la ligne légèrement chargé au rouge, y apprécier le Screaming At The Wailing Wall qu’a choisi son MD en mode chüfle, réaliser en l’écoutant qu’on est en juillet 2006 et que Flogging Molly n’a rien sorti depuis presque deux ans, rentrer chez soi, passer sur SonEspace et tomber sur une annonce en page d’accueil disant que « yo les gros, voilà le nouveau double CD/DVD de Flogging Molly qui s’en vient, Whiskey On A Sunday qu’il s’appelle, vous pouvez l’écouter en exclu sur LeurEspace1 ».
Bizarre.
Dites donc, ça fait super longtemps qu’Interpol a pas sorti d’album, je trouve.
1 Ce qui n’est pas possible à l’instant où je poste cette note car MonEspace est en maintenance, c’est Tom qui l’a dit. Au cas où ça dure, que jouer au Pac Man de la page d’accueil vous saoûle et/ou que vous ne pouvez attendre plus longtemps pour avoir un aperçu du DVD, sa bande-annonce est là.
“Your passin’ broke the silence On that dark October day The sun was headin’ for the west As it did I heard you say ‘I set my sail for a gentle breeze Now I leave this world as it was meant to be And you, did you listen to anything I said? Did you ever listen to me? Though now it seems you’ll never know But every lad to a man must grow Till winter comes to celebrate Then proudly chills the bone When at last they bury me Into this ground you’ll someday see And you, did you listen to anything I said? Did you ever listen to me?’ Though the face we wear Sometimes seldom speaks From the babe that cries To this grown man’s feet May the hand still write And it’s heart shape keep Till our fathers, sons and daughterss agree
So I will pave this road till glory Sets our broken spirit free From every cross-soaked nail pours endless rain With tears no eye should see But they could fill our highest ocean And the rivers in between With every blade that flower must grow then drown With love our cruelest sea So with a wonder and a wild desire I will crawl from under every weight With a wonder and a wild desire Bless the day it was I shared your name Yesterday forever speaks your grave Hailed the shower from the broadside To the heavens down below Draw one last breathe from your famine ship Sink the hunger in us all Shake the hand that speaks of freedom kiss hate one final blow ‘Till each twilight falls Then rests till dawn where tomorrows never sleep So with a wonder and a wild desire I will crawl from under every weight With a wonder and a wild desire Bless the day it was Ii shared your name Yesterday forever speaks your grave And of the fool we shall not mention that depraves the cries of youth Drag not your strength from government But from the voices they abused So with a wonder and a wild desire I will crawl from under every weight With a wonder and a wild desire Bless the day it was I shared your name Yesterday forever speaks your grave Only time will tell When this reign of hell Shall wither in defeat Seperate the bread they forgot to share To the mouths still left to feed Though his body ached and disappeared Into the ground now seeds He said ‘I, I’ll always comfort thee’ So I will pace this road till glory Watch as our broken spirits soar Resonate with perfect reason Shut life’s last gloomy door
With a wonder and a wild desire I will crawl from under every weight With a wonder and a wild desire Bless the day it was Ii shared your name Yesterday forever speaks your grave”
Bande-son: Flogging Molly ― The Spoken Wheel / With A Wonder And A Wild Desire
Photo Juliette Robert [avec mes remerciements les plus emplis de redevable gratitude]
1 ―
The White Stripes ― Get Behind Me Satan
2 ―
Black Rebel Motorcycle Club ― Howl
3 ―
The Arcade Fire ― Funeral
4 ―
The Warlocks ― Surgery
5 ―
Little Barrie ― We Are Little Barrie
Je sais, je sais, sur 5, on en trouve 4 qui étaient déjà dans le classement d’hier. En plus, ils seront aussi dans le classement de demain. Désolé, je crains.
J’étais bien parti pour mettre les White Stripes, encore. Mais c’était sans compter sur la grosse grosse baffe du 2 novembre, les presque 2h de rock n’roll suintant, crade, prenant, intense, exécuté avec l’envie, putain, l’envie. L’envie d’un trio de prendre tout l’Élysée-Montmartre par les tripes, de le retourner et de livrer une prestation telle que 56 jours plus tard, je me revois transporté par Robert Turner, enroulé autour de son micro sur Heart + Soul, jouant sa rythmique d’une seule main sur sa guitare qui pend, comme un pantin désarticulé haranguant l’audience avec ses dernières réserves de poumons. Je retrouve les mêmes frissons à repenser aux profondeurs dans lesquelles m’a plongé Peter Hayes avec son Open Invitation, je m’y revois, j’entends à nouveau, j’ai l’impression que c’était hier et j’ai qu’une envie, que ça revienne demain.
Bref, ce soir-là, Black Rebel Motorcycle Club avait mis la barre 3, 4, peut-être 5 crans au-dessus de la double date à 0,51 €/min des White Stripes3 et mérite sa 1ère place4. J’aurais pu mettre une autre photo, mais celle que j’avais postée le soir du concert résume vraiment bien tout le show. Une seule image à retenir : Robert, sa guitare, son micro, ses poumons. Et pour moi, encore un nouveau caleçon.
présentent
2004 en 3 concerts outrageusement flaquogènes :
1 ―
The White Stripes + Blanche, le Zénith, Paris, 1er février
1 Flaquogène : (adj.) de flaque. « Qui provoque des flaques ». Se dit d’un objet / événement / individu causant une émotion de l’observateur / auditeur / goûteur tellement vive que cette dernière s’accompagne inévitablement de manifestations liquides en tous genres. Ex : « Oh mon dieu! Appuyé contre le bar, là-bas, c’est Jack White!!! *flaque* » ― (N***-Flaque2, Détroit, 26 novembre 2004). 2 N’ayant pas obtenu l’autorisation de M. Nico-Flaque pour utiliser son nom, son identité restera ici masquée par de petites étoiles. 3 C’est peut-être plus cher que la ligne chaude de wanadou, mais au moins la musique d’attente est plus sympa. 4 Cela dit, les Stripes méritent leurs 2e place, hein, parce que le Ball And Biscuit, quand même, et les Hotel Yorba, et je t’en passe, faut quand même dire qu’ils ont fait leur effet, genre. Et je ne suis ― presque ― pas une groupie.