998 jours depuis cette soirée1 pour tourner de 90°, soit une vitesse angulaire de ma vie autour de la pyramide de 0,0000010437°.s-1, un score dont on peut dire qu’il fait pas bézef.
Sur ce, bonne nuit.
Bande-son :The White Stripes – You’ve Got Her In Your Pocket (live Belfast, 25/08/2004)
« Faire de la photographie c’est provoquer la chance, » dit souvent Juyette. Provoquer la chance, ça veut dire se condamner à la scoliose du photographe en emportant son fotoapparat partout, faire du principe « si je porte un caleçon, c’est que je porte un appareil photo » un sacerdoce et aller traîner partout où c’est possible, souvent sans raison. Surtout sans raison.
On se bloque une soirée, on se prévoit un vague terrain de chasse et on part l’arpenter sans savoir ce qu’on y trouvera. On peut revenir sans avoir pris de photo, revenir avec une tonne de clichés que l’on ne gardera pas ou revenir après dix bornes de marche sur lesquelles on aura défouraillé que deux fois. Peu importe ce qui arrive, l’essentiel est de donner une chance à l’éventuel de se concrétiser, de hanter la ville jusqu’à échouer au milieu du pont Neuf, de repérer un cadrage, de prendre du recul en traversant la rue, de régler son exposition au cas où un truc dingue se produit et de ne pouvoir s’empêcher de penser que tout ça rendrait fort bien si les touristes se barraient pour ne laisser qu’une ou deux personnes mettre en valeur l’endroit.
Dans ce genre de moment, voir Japonais et voitures évacuer les lieux dans le même mouvement, distinguer une fille sortir de la pénombre aussi sûrement que si elle entrait en scène et investir la place comme si trois coups venaient d’être donnés donne une étrange impression d’avoir lancé un Ça tourne ! télépathique auquel répondent les éléments en s’accordant dans un étange balai de circonstances tombant justement juste, comme ce jour-là, comme s’ils cherchaient à recréer ce jour-ci.
Elle attend. Elle s’approche du lampadaire, le temps d’une seule photo, doublée parce qu’on n’a pas confiance en l’autofocus d’un vieux Sigma qui broute. Elle s’éclipse.
Well hurry on sundown See what tomorrow brings Hurry on sundown See what tomorrow brings Well it may bring war Any old thing Well look into your mind’s eye See what you can see There’s hundreds of people like you and me. Hurry On Sundown Hurry On Sundown Hurry On Sundown Hurry On Sundown.
Je rêve d’un monde où il n’y aurait plus de frontière, où l’on fusionnerait tous les pays et où l’on mettrait en commun les jours fériés du monde, ce qui me laisserait dormir ce matin en fredonnant une onirique Brabançonne.