
Rue Oberkampf, Paris, 25 juin.
[Les mêmes, oui.]
Guillemots – Redwings
Mardi
27
juil 2010

Ahah et dire que quand j’étais jeune et naïf je m’étais plaint du Bataclan de Pidji Harvet l’année dernière parce qu’on avait eu trop chaud. Hier c’était pire, bien pire, pire même que la Cigale de l’année dernière avec des morts et tout ; mais pas des morts inutiles, hein, des morts pour la bonne cause d’une soirée une fois de plus sulfureuse, grasse, noire, qui sentait le cambouis (au figuré) et la sueur (au propre) (ou sale) (bref vous voyez).
Je ne savais pas si The Dead Weather deviendra le projet de résidence de White, mais il faut reconnaître que plus cette mutante machine tourne et plus elle gagne en épaisseur, en complexité et en énergie venimeuse, développant une image, déclinant un concept qui rivalise de mieux en mieux avec l’univers qu’avaient tissé les White Stripes. Sur scène tout est sauvage et sexuel, dans la fosse tout est brutal et torréfié. L’allégorie du kids want to fuck and fight des Kills. Méchant, mordant, sadique, enlacé et bien trop court. Expédié en 1 h 15, tarif syndical. Mais de toutes façons on aurait pas tenu une demi-heure de plus à 45 °C. Mais quelle énergie putain. Et quelle douche en rentrant. Et dieu que ce groupe devient excitant.
The Dead Weather – Jawbreaker

Pas de photo qui défonce d’hier parce que Nouveau Casino blindé qui empêche d’atteindre le côté de Boeckner1, parce que lumière moisie qui fait du flou, parce que formation qui prend de la place sur une scène exiguë, parce que cadrages décents compliqués au téléobjectif.
Moyen tout ça, donc, mais pour les bonnes raisons : Nouveau Casino blindé parce qu’empli de gros fans ― pour la plupart étrangers, d’ailleurs ―, lumière moisie qui fait du flou parce que le groupe se défonce, formation qui prend de la place sur une scène exiguë mais en impose surtout soniquement, cadrages décents compliqués au téléobjectif parce que bras en l’air et public à fond. Le mieux, c’est qu’on est loin de 2006, quand Apologies to the Queen Mary était porté aux nues par l’intelligentsia branchouille se cherchant déjà un nouvel Arcade Fire : il y a quatre ans, le Nouveau Casino aurait débordé de journalistes des Inrocks désœuvrés venus parce qu’il le fallait, on se serait fait chier ; ce soir on était entre gens contents d’être là et, avec la majorité américaine de l’assemblée, l’atmosphère était détendue, chaleureuse et prenante. Tranquille. Bonnard. Les nouveaux titres alignés ce soir qui annoncent un Expo 1986 prometteur pour le 29 juin. Rien à demander de plus, enfin.
Wolf Parade – What Did My Lover Say? (It Always Had to Go This Way)
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1 À droite de la scène. Pour les photos de son profil gauche, je vous renvoie donc vers son projet parallèle et marital Handsome Furs à la Maroquinerie l’année dernière.
Samedi
29
mai 2010

Pour résumer :
Ted Leo and the Pharmacists – Even Heroes Have to Die
Mardi
25
mai 2010
Mercredi
19
mai 2010

Avi Buffalo. Bande de quatre grands gamins de Long Beach, Californie, formée autour d’Avigdor Zahner-Isenberg ― qu’on surnommera Avi, comme le reste de la planète, pour s’éviter des tendinites de doigts à répétition ― mélangeant MGMT pour les chants en forme de chœurs, Arcade Fire pour les chœurs en forme de chants, trempant le tout dans une pop rêveuse par ses ambiances et dangereuse par son effarante facilité à te visser ses mélodies dans la tête à la première écoute. Et il y a plus derrière. Avi Buffalo, c’est une revisite des Beach Boys qui se serait chargé sur la route du retour de 40 autres influences, un peu comme ont pu le faire The Drums en fin d’année dernière. Avec le sourire en plus.
Car sur scène, on est surtout frappé par les regards complices que s’échange la troupe. Pour le reste, on voit surtout Avi aller des cordes de sa guitare aux boutons de son pédalier, bricolant le son comme un Bellamy excité mais sans qu’on entende la différence. Puisque le maquillage parfait est invisible, l’arrangement parfait ne s’entend peut-être pas. L’essentiel, c’est que tout ce qui sort d’Avi Buffalo le fait en douceur, même sur les moments les plus énervés et malgré la tiédeur du public, un peu clairesemé, dont l’essentiel est venu ici pour juger du combo sur pied. Pour une toute première, c’est réussi. Attendons la suite.
PS : Boogers en live, c’est très drôle à voir. Respect.
PS 2 : La logique veut que je mette un extrait en bande-son. M’étant pour ma part levé ce matin avec une curieuse et folle envie d’AC/DC, on fera dans la bande-son double pour contenter tout le monde. Enjouissez.
PS 3 : N’écoutez pas les deux morceaux en même temps. J’ai essayé et c’est moche.
Avi Buffalo – What’s in It for?
AC/DC – Whole Lotta Rosie

Ce qui frappe dans cette version 2010 du projet de Redboy (Hollywood Porn Stars), c’est l’ambition du nouvel album ― à la fois disque et spectacle ― et cette toute nouvelle épaisseur qu’affiche subitement le groupe. Music Drama (2002) était intime, Small Town Boy (2006) posait la bande dans un rôle de joyeux sympas qui font du banjo et tout à coup, voilà que The Tragic Tale of a Genius affiche des fituringues de Mercury Rev et Black Heart Procession, se pose en « album de la maturité » prêt à séduire « le grand public » et pose presque My Little Cheap Dictaphone en Arcade Fire wallon. C’est Girls in Braine-l’Alleud qui vont faire la gueule.
Après, pour ce soir c’est pas encore gagné : les Belges montent sur scène devant un Café de la Danse modestement empli, attaquent comme ils peuvent mais ne réussissent pas vraiment à faire bouger la salle malgré toute leur bonne volonté et les gesticulades de Redboy. Pas de leur faute, non. The Tragic Tale of a Genius est jeune, le spectacle encore en rodage ― troisième date ce soir, Redboy a encore les textes ouverts à ses pieds ― et puis c’est la crise, ma pauvre Arlette. Le pote à qui je parle du « public réservé et clairsemé de ce soir » me corrige en disant que d’ici quelques mois on causera plutôt de « public de privilégiés ». Il n’a pas tort ce garçon. Disons qu’au vu de la prestation, bien plus mordante que cette Flèche d’Or d’avril 2008 ― chronique pertinente et détaillée là ―, le niveau relevé, la scénographie autour du set, l’album et sa belle pochette qui permettra d’en vendre tout plein, tout ça finira en My Gros Big Tout Cher Mégaphone.
Et Girls in Braine-l’Alleud feront vraiment la gueule.
My Little Cheap Dictaphone – He’s Not There
Vendredi
16
avr 2010

Les prestations de Blood Red Shoes dépendent directement de l’état de forme de Laura-Mary Carter. À la Flèche d’Or du 9 décembre, fatiguée, gavée, presque malade1, elle avait pesé sur la hargne du set, entièrement soutenu par un Steven Ansell pour sa part imperturbablement démonstratif derrière sa batterie. Avec la setlist mal choisie, trop orientée vers ce nouvel album, Fire Like This, à l’époque pas sorti et donc pas connu, le duo avait été décevant. À des lieues d’hier soir où tout y était. À commencer par les fantasmes nuptiaux à l’endroit de Carter. Set bien construit, public bien dedans ― quoiqu’ayant mis le temps à se chauffer, lui aussi ―, It’s Getting Boring by the Sea en ouverture houleuse, reprises en chœur des textes de la bombe I Wish I Was Someone Better et du You Bring Me Down du rappel, parfaite incorporation des nouveaux titres dans le set, même le Colours Fade final qui passe sans problème malgré sa longueur et sa langueur. Le passager malaise de la Flèche est lavé, remercions le ciel tous ensemble mes frères et allons porter la bonne parole sur le trottoir de la rue Oberkampf en jouant de l’air-guitar et en faisant tin-tin-tin better I wish I was someone better I wish I was someone better jusqu’au bout de la soirée. Gloria Alleluïa.
PS : rien à voir mais quelqu’un, hier, est venu ici et a demandé à Gougle une traduction automatique de la notasse sur PJ Harvey et John Parish au Bataclan et à voir le résultat, je me demande s’il a tout bien compris.
Ah et la tradition veut que chaque concert de Blood Red Shoes qui passe ici soit sonorisé par I Wish I Was Someone Better. Respectons donc la tradition.
Blood Red Shoes – I Wish I Was Someone Better
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1 et à des lieues de susciter envies nuptiales et achat de spots chez les photographes de la soirée, comme lors du Trabendo de 2008.

Je me serais attendu à un truc un peu plus cradingue et survolté de la part de The Soft Pack. Ils n’ont pas démérité, loin de là, mais ça manquait d’un brin de folie [ou de bière va savoir] pour vraiment élever le truc un niveau au-dessus. Suivit une fin de soirée sans rappel avec un premier rang qui en redemande une au chanteur Matt Lamkin et celui-ci qui doit répondre « yeah thanks » en enlevant la bonette de son micro parce que derrière il y a soirée didjais. C’est triste.
Quant aux Parisians, qui essaient de nous refourguer l’intro de My Michelle, la basse de Seven Nation Army et des bouts de Lust for Life comme si c’est eux qui les avaient écrits, ce sont de petits sacripants.
The Means Jeans – Born on a Saturday Night
Jeudi
04
mar 2010

Station République, Paris, 2 mars.
C’est la troisième année que le Jean-Pierre Dupire apparaît fier comme Artaban sur les affiches du métro et plus ça va, plus je me dis qu’un gars…
Ne peut qu’avoir un lien cosmique avec moi. Ma main au poêle [à bois] [et toile à matelas] [ah ah] que je suis sa réincarnation gallaghrique1.
Surtout ne partez pas sans avoir vu la pube.
Ce mec est mon dieu.
Ah et sinon comme je voulais reposter cet extrait des aventures rock et rollesques du Ross Halfin aux pays des vieux rockères qui relate le jour où Gene Simmons a enlevé ses chaussettes sur la scène de l’Islington Academy ― mardi soir, en fait ― et que tout ça ne tenait pas dans une truite, je le dépose ici comme un cheveu s’hurle à Snoop :
« Then The Kings of the Night Time World came saw and nearly literally killed the crowd when the CO2 in the confetti canons sucked the air out of the venue. Gene Simmons nearly passed out behind his amps and Paul Stanley told me he couldn’t breathe and the band had to cut three songs out of the show. The only person who seemed unaffected by it all was Paul Elliott who carried on talking about Bon Jovi while everyone around him was gasping for air… it was still a great show. »
Notons que Gene Simmons a réussi à étouffer l’affaire, le forban.
Neutral Milk Hotel2 – Holland, 1945
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1 Réincarnation gallaghrique : de Liam Gallagher, poète chansonnier de la fin du XXe siècle connu pour son physique simiesque et son obsession pour John Lennon ― poète chansonnier du milieu du XXe siècle connu pour ses publicités Belle Literie ― dont il prétendait être la réincarnation, bien qu’étant né avant la mort de son âme source. Le concept de réincarnation gallaghrique est réfuté par l’université de Boston et par Noel Gallagher ― poète chansonnier de la fin du XXe siècle, frère du premier, connu pour son physique simiesque et ses sourcils amazoniens, pour sa part persuadé que Liam Gallagher est la réincarnation d’une huître ― mais reconnu par le Mandarom.
2 Waw on croiverait que leur site n’a pas bougé depuis 1998, c’est fou, les générations futures pourraient vraiment tirer de grands enseignements d’une telle cyber-relique.

1 Wolfmother – California Queen
Ce Bataclan-là ressembla quand même beaucoup à cet Élysée-Montmartre-ci. Pourtant, là où à l’époque je voyais « un combo australien complètement à fond de 5e, le compte-tour dans le rouge, les pistons qui fondent », hier c’était plutôt un groupe de reprises de lui-même ― rappelons que Stockdale a viré ses deux potes en 2008 pour les remplacer par un nouvel effectif plus maléable ― surenchérir à l’envi dans les postures rock et roll, les riffs bétonnés et les choucroutes capillaires. Seul aux commandes, sans personne pour le juguler, Stockdale s’emballe et dévale à la tête de sa troupe de mercenaire la pente du gouffre qui engloutit en son temps The Darkness. Et malgré tout, je n’arrive même pas à être d’accord avec moi-même en tapant ces lignes puisqu’hier soir, je faisais comme tout le monde en tripant sauvagement sur ce Woman corrosif et étiré dans les flammes, sans crier à la caricature. Réaction allergique à l’écœurement suscité par Cosmic Egg, ce second album plombé par ses excès ? Ou plutôt parce que, bêtement, on en revient toujours à dire que « c’était mieux avant », même si justement l’on trouvait que ce qu’il y avait de bien, avec cet avant, c’est qu’il rappelait à merveille l’avant d’avant ? Mais bon, ce Bataclan-là ressembla quand même beaucoup à cet Élysée-Montmartre-ci. Reste qu’à trop exagérer sa vénération pour les années 70, Wolfmother risquent bien de finir aussi mal qu’elles.
PS : saluons la clairvoyance de gros Thom qui, il y a 13 mois, avait prévu le coup : les Black Angels sont effectivement graves de mortels quand on ne leur laisse qu’une demi-heure et aucune occasion de se mordre la queue.
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1 Tant qu’on y est, profitons de l’affichage de cette belle pochette pour nous refaire une compile de coucous.
Dimanche
27
déc 2009
et 

The Black Box Revelation, le Bataclan, Paris, 3 avril.
Jan Paternoster et Dries Van Dijck ne ressemblent à rien, viennent d’une banlieue cradingue et n’ont personne pour les aider à mieux choisir leurs pulls. Mais Paternoster et Van Dijck possèdent une sacré pile de disques de chevet, affichent une complicité inaltérable, font preuve d’un talent dingue et d’une énergie incendiaire sur scène ; Exactement ce qu’avait pu être Wolfmother il y a quelques années, mais en plus belges et en moins aptes à vouloir ressusciter The Darkness sur leur deuxième album1. Souhaitons longue vie et belle discographie à eux, mais aussi à la pop froide de The Pains of Being Pure at Heart, au folk boucanier de Mumford & Sons, à la machine de guerre The Big Pink et au büze The xx, qui même s’il ressemble un peu beaucoup à Flexa Lyndo, mérite de traîner ici. Et puisse aucun d’entre eux ne finir dans le classement d’hier.
The Black Box Revelation – Love, Love Is on My Mind

avec
et 
1 Enfin ne nous emballons pas non plus, hein, on ne l’a pas encore entendu ce deuxième album.