Y’a quand même des jours où, même si tu y est entré grave à la bourre, tu ressors de la fosse photo dans l’allégresse et la folle envie de rouler des pelles au chanteur, au public, à tout le groupe et surtout, surtout l’éclairagiste qui, avec le boulot de poney qu’il a abattu, t’a assuré de pondre une des meilleures séries de ta vie. Et là, tu vois, tout va subitement bien.
Bande-son :Damien Rice – Be My Husband (Lisa Hannigan) (live)
Pendant que les Têtes Raides cherchent à justifier leur nom en fêtant la sortie de leur nouvel album, Banco, dans le bar-restaurant du rez-de-chaussée, Two Gallants prennent possession du sous-sol devant une salle de tous âges en bonne partie anglophone. Le set est carré, pas de setlist, les titres s’enchaînent vite et bien, on pense furtivement aux White Stripes pour la configuration batterie/guitare et la spontanéité, mais la comparaison s’arrête vite là : Two Gallants sont bien plus folk, moins sulfureux et affichent moins leur complicité. Cela ne les empêche pas de communiquer des ambiances magiques dans la salle, surtout sur la fin du second rappel où, plutôt que de finir dans un chaos dont ils sont pourtant capables ― leur version à l’arrache de Las Cruces Jail, avant le premier rappel, en témoigne ―, Two Gallants optent pour un final en berceuse, menant doucement de leurs quatre mains la Maro à l’orée de sa nuit avant de disparaître en catimini. Chapeau.
Saute dans la voiture. Démarre. Roule. Roule. Stop. Roule. Stop. Roule. Stop. Stop. Stop. 2h30. Entre. Chope le fotoapparat. Métro. 10 min. Blindé. Arrive. Il faut une autre place. Oui tu cherches. 27 €. Pas 50. 27 €. Pas 40. Pas 35. Une clope si tu me la vends 30. Pas de clope. Oui je cherche. 30 €. Dans le kébab pour pas qu’on te voit faire ? Kébab. Billet. Entre. Fosse photo. Ça commence. 10 minutes d’avance. Pas prêt. Berlin. Sors le fotoapparat. Déclenche. Mise au point foirée. Déclenche. Déclenche. Ça foire. Déclenche. Ça marche. Déclenche. Des pieds. Setlist. Déclenche. Weapon Of Choice. Stop. Lumières de merde. Photos pourries. Pire qu’il y a deux ans. Extraction de la fosse. Bière. Visu. Photos moches. Pas dedans. Robert est beau. Téléobjectif. Tu flottes. Semblent fatigués. Fault Line. T’es dedans. Six Barrel Shotgun. Tu planes. Whatever Happened To My Rock n’Roll. Panard. Rappel. Excitation. Take Out A Loan. Impatience. 2 autres. Intro. Intro. Intro. Deux ans d’attente. Intro. Heart + Soul. Laisse aller. I think our moment’s come and if feel this well you can save me. I feel our selfishness will be the end of this if you don’t save me. Larsens. Cris. Retombe. Des bises. Métro. ACDSee. Finalement ça va. Développe. Ça va bien. Traite. Ça va très bien. Ta gueule en poster sur TF1. Tes pieds aussi. Tout le monde au lit.
Comprendre : « j’étais tellement bourré au Beaujolais hier soir que j’en suis sorti sans photo ce matin, ce qui m’oblige à meubler avec le premier fond de tiroir venu. »
L’ironie du sort, c’est quand tu arrives à la bourre au Zénith et qu’au moment où tu accèdes enfin à la salle, qu’une bande de Suédois complètement barrés ont changée en un creuset où fusionnent tonnes de ballons et monceaux de confettis (photo là) et que tu clopines comme un dédossé1 pour atteindre la scène à temps, ils se foutent de ta gueule en te chantant Damn, oversleeping again.
Hard-Fi était un groupe sympa. Deux albums tout jaunes, bons en live, un Richard Archer qui arbore des yeux d’un bleu glacé et une banane des plus seyantes propre à en rendre plus d’un jaloux. Tout pour plaire. Envie de les défendre, ils le méritent, tu les accueilles chez toi à bras ouverts, leur ouvre les portes de ta discothèque et tu dis du bien d’eux partout.
Cash Machine et Suburban Knights en duo avec l’un des poireaux de la « promo ». En medley1. Après tout ce que j’ai fait pour toi. Mon cœur saigne, Richard. Vous voilà, ton groupe et toi, au niveau de Scorpion quand ils avaient participé à la grande écoute2 de Dorothée.
Citons au passage le blog Yahou qui regarda l’Événement parce que personnellement j’avais d’autres Cold War Kids à fouetter : « Pascal Nègre a aussi apprécié la prestation de Jérémy avec Hard-Fi et là, on n’est pas du tout d’accord. Richard Archer, le leader du groupe, est bien aimable d’avoir toléré qu’un Jérémy sautillant, grimaçant et baragouinant3 saccage ses chansons. Iggy Pop l’aurait probablement assommé sur le champ avec son micro pour faire cesser cet outrage. »
Fichtre, la voilà la solution, faire entrer l’Iggy dans la bergerie.
1 Va savoir pourquoi, mais pour moi le mot « medley » appartient au même champs sémantique que « Radio Nostalgie », « Jean-Pierre Madère » ou « Les Eagles ». C’est fou.
2 En français, « prime » se dit « grande écoute ».
3 Je reste également persuadé qu’un élève de Star Académie typique a besoin d’un prompteur pour se rappeler le refrain de Suburban Knights qui, souvenons-nous, consiste en « Hééééé, hooooo, haaaaa, hééééé ».
Être rock en 2007, c’est danser sur Joie Division en célébrant l’ironie que tout va super mal mais qu’on est grave heureux alors que c’est pas Bridget Jones c’est pas Bridget Jones et que woohoo woohoo, remets-en une couche Murphy.
Ou bien.
Bande-son :The Wombats – Let’s Dance To Joy Division
Devant une salle à 97% allemande, les Beatsteaks rattrapent leur punk-pop honnête mais pas génial avec une prestation scénique complètement barrée animée par le chanteur Arnim Teutoburg-Weiß1, qui va et vient de la scène à la salle en passant par la régie, faisant asseoir les gens, les invitant sur scène ou leur passant de la vieille dance pour les faire bouger. La Maro remue dans un vaste bordel de corps surexcités scandant des « Gut Habend2 ! » (plus quelques « Hoegarden ! » par ceux du fond qui n’ont pas compris) dès que le groupe fait mine de partir, puis porte l’Arnim à bout de bras quand celui-ci a décidé de leur marcher dessus comme un Didier Wampas ou un Matthias Malzieu alors qu’un certain photographe qui vient de ranger son fotoapparat se dit que « c’est pas la peine de le ressortir parce que ça va ne durer que 2 secondes » et qui au bout de 5 se décide enfin à le redéballer, s’emmêle les pinceaux dans le pare-soleil et réussit à dégaîner au moment pile où le chanteur descend de son perchoir y perd3 la photo de la soirée, une photo dont il rêvera encore des années durant tant elle hantera son souvenir douloureux, enfin ça lui apprendra il devrait savoir qu’il ne faut jamais ranger son fotoapparat avant la toute fin et ce quoi qu’il arrive. Ça lui fera les pieds.
2 Qui visiblement ne signifie pas dans ce cas « bonne nuit, cassez-vous bande de merdes », mais plutôt « revenez-nous en remettre une couche, grands fous ». Ça doit être une tradition allemande dont je n’avais jusque-là connaissance.
3 On n’a pas idée de mettre un verbe aussi loin de son sujet, je sais.
Être rock en 2007, c’est braver la grève pour rallier Liverpool, goûter la gastronomie locale en chopant des vinyles de Bébichemble dans l’arrière-boutique d’un HMV, chibrer une chambre d’hôtel à coups d’oreillers, monter sur un bateau pour un concert avec les clones d’Amy Winouze, Garth Alger, Liam Gallagher et une douzaine de Beatles, prendre le réflexe d’appeler tout le monde « Ma’e » pour faire couleur locale, échapper tant bien que mal aux projets de viol de l’ex de Steve Hewitt, vider le stock de Guinness du bateau avec un Allemand, danser sur Joy Division pour célébrer l’ironie, se faire écraser par une masse grouillante amoureuse de son groupe et finir par dormir 3 heures avant de rentrer parce que les Anglais suivants t’attendent à Paris.
Tout le monde était venu pour Sharko. C’est pas plus mal. Une fois les Belges partis, la salle à moitié vidée, on peut prendre ses aises pour mater l’arrivée sur scène d’Handsome Furs, constitué de Dan Boeckner (Wolf Parade) et de sa femme Alexei Perry (« on vient de se marier, cette tournée c’est notre lune de miel »), attaquant sèchement sur What We Had. Lui est habité, se tortillant nerveusement autour de son micro. Elle s’excite sur ses potards, le nez sur la table. Boucles froides et riffs lacérés s’entremêlent. Entre deux, des regards aguicheurs. Boeckner en finira par sauter sur Perry pour la tripoter au milieu de la scène avant de lâcher « We’re definitely goin’ back to the hotel after this one ». Hey! Captain final, Flèche d’Or conquise, Boeckner et Perry peuvent aller fêter ça d’une énième nuit de noce. Veinards.
La bande-son pour découvrir la joliesse de la chose. Enjouissez.