#26
Label : Epic Sortie : 21 juillet 1992 Producteur : Joe Satriani, Andy Johns, John Cuniberti
En vrai, sur la cassette de Sepultura que le Lacaille m’avait filé1 figurait en Face B cet album à l’opposé de l’autre, aussi fignolé et lisse que Chaos AD pouvait être rèche et sauvage. The Extremist. Une montagne de guitare instrumentale pompeuse et stratosphérique, taillée pour accompagner des films de bagnoles ou d’avions, ou n’importe quel autre monde étrange dans lequel peut se projeter un mec de 15 ans. Joe Satriani, derrière son nom de pizzaïolo2, est surtout l’un des meilleurs guitaristes vivants, amené à la guitare par la mort d’Hendrix et prof de mecs comme Steve Vaï ou Kirk Hammett (Metallica). À l’époque la légende raconte que le mec joue tellement de notes à la seconde que les tablatures de ses morceaux ne montrent que de grossiers paquets de chiffres agglomérés en pâtés3. Épatant.
Quatrième album d’un gratteux pareil, The Extremist c’est forcément du lourd4. Tour à tour aérien, déchiré, intime ou la tête dans le vent, c’est une bande-son que l’on peut mettre à toutes les sauces, de la dépression solitaire à l’hystérie collective. Son ouverture dans un Friends pompeux à souhaits, grandiloquent et vaste, place un hymne galvanisant qui tire vers le haut. Why me revoit toujours au fond d’un bus, quelque part sur la route qui mène de Bath à un ensemble de grottes quelconques, déprimant devant la morne campagne du Somerset qui défile sous la bruine. Des Cryin’ ou Tears In The Rain, me replongent plutôt dans tout un tas de soirées solitaires, la gueule dans la nuit à réfléchir à des sujets grave comme ce que peut bien penser la fille du dortoir d’à côté ou quel sera le meilleur moment pour commencer la dissertation d’histoire que je dois rendre le lendemain. À l’inverse, les cordes cristallines de Rubina’s blue Sky Happiness vont plutôt chercher vers des après-midis de légère insouciance, passés à débattre de sujets de fond comme, bien entendus, les indices de ce que peut bien penser la fille du dortoir d’à côté ou quel est le meilleur moment pour commencer une dissert’ d’histoire devant être rendue le lendemain ; mais aussi des controverses plus universelles comme qui est le plus fort entre Slash et Lars Ulrich, est-on plus rock en 1993 avec des doc 14 trous qu’avec des 11 et si embrasser sans la langue ça veut dire qu’on sort ensemble. Quant à Motorcycle Driver et ses riffs en ronflements de moteur, j’en ai fait fumer la 205 de joie.
Puisque c’est un album instrumental, doublé d’une polyvalence atmosphérique l’adaptant à toute situation, The Extremist colle à tous les moments et tous les lieux. Enfin, collait, bien sûr, parce que malgré tout ses grosses guitares fignolées, lissées et résonnantes, encore marquée d’années 80 au métal suant, font quelque peu taches dans l’époque garage faussement brouillonne dans laquelle la fin des années 1990 nous a laissés : après avoir loupé Satch5 en 19936, je cherche à soigner ma frustration un 20 octobre 2004 à Ann Arbor. Pour m’être pointé en retard au Michigan Theater, je ressors de là sans photo, après deux heures passées assis au milieu d’un public impassible, à mater un Satriani au crâne rasé dérouler son show sans une once de flamme. Les rockeux, comme Samson, concentrent toute leur énergie dans leurs cheveux. Leurs doigts ne font que canaliser le trop-plein. Reste que The Extremist mérite la visite rapide d’une oreille émue, en l’honneur du dernier poilu.
2 C’est Risoli qui l’avait surnommé comme ça au Millionnaire, j’avais été super-choqué.
3 Légende que je n’ai par ailleurs jamais vérifiée.
4Surfing With The Alien en 1987 était pas mal non plus dans le genre, mais je ne l’apprendrai que plus tard.
5 Les fans de Satriani, qui sont des mecs cools et très rock n’rolls ― quoique portant des Converse 3 trous ― le surnomment affectueusement Satch.
6 Après Depeche Mode (ADB n0 1) et avant les White Stripes (ADB n0 x), l’un de mes plus gros regrets rock n’roll sera d’avoir fait le concert de Deep Purple du 13 octobre 1993 alors que, dix jours plus tard, Blackmore et Gillian se foutait une fois de plus sur la gueule, Blackmore se barrait et Satriani était appelé à la rescousse pour assurer l’intérim jusqu’à la fin de la tournée.
Mon premier vrai t-shirt de méchant est un « Third World Posse » de Sepultura racheté 20 balles en 3e au grand frère d’un pote, un black-métalleux poilu et déjà mué à qui il n’allait plus. Je l’ai toujours, grisâtre et perclus de trous au fond d’une armoire chez les parents1. À l’époque, je m’en étais autorisé l’achat parce que j’avais une cassette d’Arise dans mon étagère, justifiant ainsi mon statut d’amateur averti de thrash metal brésilien, un alibi incontestable face au scepticisme des autres. Parce que dans un collège, c’est toujours comme ça : tout groupe de fans juvénile, craignant d’être infiltré par l’ennemi, passe son temps à traquer les traîtres tapis en son sein en pratiquant à haute dose auto-émulation [« comment je suis trop plus fan que toi, mate j’ai appris la durée de tous les titres par cœur »] et interrogatoires type Gestapo [« ah ouais ? T'es fan ? Ah ouais ? Et pourquoi t'as attendu la fin de la journée pour aller acheter le nouvel album plutôt que de sécher le cours de français comme nous, bouffon ? »]. En détenant Arise, pas de problème, je pouvais arborer avec une certaine fierté l’artéfact rock n’roll pour lequel j’avais sacrifié le budget d’un mois sans qu’on doute une seconde de mon statut d’authentique. Top cool.
Cela dit, mon seul souvenir d’avoir écouté Arise plus de 10 secondes est lorsque nous vendîmes du boudin blanc grillé aux badauds à l’arrière du presbytère le 11 novembre 1992. Mais passons.
Parce qu’en vrai, ce qui m’a initialement séduit chez Sepultura, bien avant leur bruit musique, c’était leur S tribal. La frime sur un T-shirt2, le S tribal. Le reste passait moins bien. Donc lorsque, arrivé en seconde, alors que je rends visite à mes anciens potes de collège un samedi (j’ai entre-temps bougé de 60 bornes pour aller au lycée), le Lacaille me tend la cassette de Chaos A.D. fraîchement sorti, je la prends par réflexe, toujours pour justifier cet amourette graphique dissimulée sous une fausse appréciation musicale, mais sans grand espoir.
Ce que je ne sais pas, c’est qu’entre Arise et Chaos AD, Sepultura est passé du bruit à la musique, ce que beaucoup de leurs fans originels leur reprocheront3. En restant à peu près dans la même zone de décibels, le quatuor canalise toute son énergie dans une seule direction, comme un laser sonique. L’ouverture, un Refuse/Resist émergeant des battements en hélicoptère menaçant du cœur de Zion Cavalera ― filial fœtus de Max, chanteur hurleur ― enregistré à l’échographie et résonnant comme un hélicoptère menaçant volant au ralenti, est un cri de révolte hargneux, pas tant rapide que déjà survolté. De tout l’album, c’est le titre le plus connu, puisque je ne sais plus quelle pub de manga l’avait repris en bande-son autour de 1995-19984. Son titre donne le ton de l’album : Ici tout n’est question que de révolution, de refus du totalitarisme et des l’inégalités de ce Brésil corrompu dans lequel ont grandi Sepultura. Entre Propaganda [« Why don't you get a life and grow up? »], Slave New World (« Face / The enemy / Stare / Inside you / Control / Your Thoughts / Destroy / Destroy’em all » qu’en seconde on s’écrivait tous dans l’agenda), Biotech Is Gozilla (sur les manipulations génétiques), Manifest (sur les émeutes de la prison de Carandiru, réprimées dans le sang le 2 octobre 1992), la prise de position est évidente, les paroles compréhensibles5 et leurs phrasés hautement scandables. Entre animosité virile et enragée et intelligence du propos et de la compo, Chaos A.D. se pose au parfait point d’équilibre qui permettra à Sepultura de prendre une envergure considérable dans le hard-rock d’alors. Mais surtout, l’album voit poindre le virage que prendra franchement le combo trois ans plus tard. En filigrane presque imperceptible sur We Who Are Not As Others, mais avant tout dans l’hommage à cette tribu amazonienne se suicidant en masse plutôt que d’abandonner le coin de forêt dont on voulait l’exproprier, le folko-tribal Kaiowas, l’ovni de l’album, un instrumental acoustique enregistré sur fond de mouettes et véritablement incontournable. Ce titre deviendra un essentiel des concerts du groupe, qui le jouera en tapant sur des bidons comme des cinglés. Des années après, au bureau à l’école, on se passera encore sa version live à fond les manettes en tapant sur toutes les armoires pour bien que l’amphi d’à côté t’entende comme il faut.
Mais avant ça, Iron Maiden mis à part, Chaos A.D. est un des albums majeur de ma seconde, celui sur lequel je tombais d’accord avec le Gag’, mon jumeau hard-rock de l’époque, celui que j’irai acheter pour 160 balles en édition limitée dans une boîte en fer ― ornée du S ― contenant également un drapeau6 et trois titres bonus, dont l’énorme Policia, reprise en électrochoc du standard pop brésilien de Titãs. Avec tous les maillots de fouteballe jaunes et bleus que portait Sepultura dans les magazines de l’époque, je ne peux le dissocier de la coupe du monde 1994. Il me durera quelques années avant que je m’en lasse. La boîte en fer trône toujours sur mon étagère chez les parents, où elle est revenue après avoir servi de range-pognon pendant 7 ans à Metz. Le boîtier, lui, a toujours mon nom au marqueur écrit dessus, vestige de l’époque révolue où plutôt que de se pointer chez ses potes les mains dans l’ipod, on y traînait sa discographie. À ne plus porter de cartons de disques et écouter Justice et Mika, rien d’étonnant si les jeunes de maintenant ont de petits bras.
1 Pas le black-métalleux, hein, vous aurez compris.
2 En plus d’être la frime, le S tribal sur un T-shirt est également bien plus facile à ôter une fois que l’on a changé de goûts artistiques que son cousin germain le tatouage tribal.
3 Mais ça, on s’en fout un peu.
4 La date précise m’échappe.
5 Je précise, parce qu’en matière de thrash metal ce n’est pas toujours évident.
6 En sortant du magasin, des mecs se foutront de notre gueule pendant qu’on mate le drapeau, « ouah, c’est pour la raie du cul ! », bande de têtes de guiches, je sais pas pourquoi je m’en souviens, mais je m’en souviens.
Extraits
#1 - Refuse/Resist
#3 – Slave New World
#5 – Kaiowas
#6 – Propaganda
#17 – Policia
Bonus
La version de Kaiowas du Live Under A Pale Grey Sky enregistré en 1996 pour le dernier concert d’avec Max et sorti seulement en 2002. Ça valait largement les 8 ans d’attentes et avec ça mon pote, si l’amphi d’à côté t’entend pas comme il faut, je ne peux plus rien pour toi. À écouter toutefois après la version originale ci-dessus parce que sinon c’est gâcher.
#22
Label : Geffen Sortie : 17 décembre 1988 Producteur : Mike Clink
Je reconnais qu’il faudrait que j’arrête de parler des Guns N’Roses. À force, ça saoule. J’aurais dû prévoir le coup il y a 15 ans, d’entrée de jeu réaliser qu’à l’horizon 2007, le groupe aurait disparu depuis plus d’une décennie. J’aurais laissé tomber les Guns (à l’époque on disait les Guns), brûlé ma chemise verte à carreaux et mon T-Shirt « Nobody knows I’m a lesbian », rasé mon duvet bouc naissant, effacé mes tatouages Malabar et laissé tomber le bandana au poignet, avant de me pencher sur des groupes avec plus d’avenir comme Bon Jovi ou Def Leppard. Une décennie et demi plus tard, je ne passerais pas pour un ancien combattant victime des squelettes qu’il retrouve dans son placard. Une chance que je n’aie jamais été fan de Twisted Sister, tiens.
Évidemment, on me signale que j’aurais aussi bien pu passer sous silence GN’R Lies dans cette rubrique et voir directement la suite, vu qu’il est court et que 5 de ses 8 titres avaient déjà été entendus, lui enlevant toute intérêt autodiscobiographique. Mais ç’aurait été compter sans Patience et One In A Million, et ça mon pote, c’est impossible.
Avant d’y passer, il faut quand même survoler le reste. Les deux faces de GN’R Lies sont disctinctes : la face A présente le Live ?!*@ Like A Suicide, premier EP du groupe sorti fin 1986, un faux live de 4 titres agressifs comportant une reprise de Nice Boys de Rose Tatoo, ainsi qu’un autre du Mama Kin d’Aerosmith, bien utile par la suite quand il s’agira de se familiariser avec le premier album du combo à grande bouche. Les deux reprises sont accompagnées de Reckless Life, hymne au comportement de mauvais garçon qui t’explique que dans la vie, plus tu es un rebel qui boit/fume/tripote tout ce qui bouge, plus tu es cool et de Move To The City. Voilà.
La face B comporte 4 titres acoustiques et s’ouvre sur Patience, donc. Un truc de fou. Je vais la mettre sur toutes les mix-tapes de slows que je distribue à l’époque1. Succès garanti. Moi-même, Patience m’ouvre les portes d’une relation passionnée et intense basée sur la confiance et le don de soi qui s’éternisera pendant au moins 10 jours, facile, avant que je me fasse larguer comme une merde aux vacances de printemps (en partant en Angleterre). Mais fi des détails personnel, on n’est pas chez Confessions intimes2. Patience reste un titre qui vieillit pas si mal, beau, l’un des plus honnêtes de Guns N’Roses. Et des plus annonciateurs, d’ailleurs, son clip s’achevant sur un Axl Rose abandonné de tous qui se mate de vieilles vidéos de la gloire passée de son groupe. Ça date de 1989 et ça rappelle déjà un truc.
Patience est suivi d’I Used To Love Her (ce qui explique peut-être pourquoi une relation entamée dessus finit irrémédiablement en eau de boudin), chanson potache promouvant l’enterrement 6 pieds sous terre de son ex, et de Crazy, titre tiré d’Appetite For Destruction ici dans une version acoustique, avant que le disque se conclue sur le cas One In A Million.
One In A Million est musicalement une merveille, donc une merveille tout court pour un gars de seconde en allemand LV1 qui ne cale un traître mot aux déblatérations des chanteurs anglo-saxons. La composition est brillante et la prestation de Slash à la sèche ― surtout sur le solo ― mortelle. Il me faudra quelques années avant de comprendre le sens d’une phrase comme « Immigrants and faggots they make no sense to me / they come to our country and think they’ll do what they please / like start some mini-Iran / or spread some fucking disease / they talk so many goddam ways / it’s all greek to me ». J’apprendrai plus tard qu’à l’époque de sa sortie, One In A Million a fait jaser sévère, malgré la note de Rose sur la pochette de l’album expliquant en gros que « tout ça, c’est pour rigoler ». Le rouquin hurleur ajoutera plus tard que ses deux icônes vivantes étant Elton John et Freddie Mercurie, il pourrait être difficilement homophobe, et encore moins raciste vu que son guitariste à chapeau est noir. Quoi qu’il en soit, Slash refusera pour sa part de la jouer par la suite, ce qu’on peut comprendre, après tout. Le second degré, surtout lorsqu’il tire gravement vers le troisième, fait rarement l’unanimité. Le mieux, encore, est d’écouter One In A Million en faisant abstraction de ce qu’elle dit pour ne garder que sa façon de le faire. Si on peut.
1 Le sponsor officiel des amours collégo-lycéennes, c’était moi.
2 Ce qui est fort heureux, car le sujet du jour serait alors plutôt You’re Beautiful de James Blünte.
#21
Label : Geffen Sortie : 20 avril 1993 Producteur : Bruce Fairbairn
Ça doit être à travers la radio à l’orée de l’été 1993. C’est Cryin’ que j’ai entendu en premier. Certain. Cryin’ au collège c’est la frime incrustée, LE CD single à avoir dans ton mange-disque si tu veux que la Fanny se laisse embrasser avec la langue, LE clip romantique où Alicia Silverstone fait des tours de circuit avec son gros lui palpant le tété de sa glabre main, chacun tatoués d’une moitié du même cœur, avant de sauter d’un pont en faisant des fucks comme une vrai rebelle à chemise à carreaux. Pas besoin de plus pour aller copier chez une copine la cassette dont est tiré le morceau, un truc nommé Get A Grip, avec un pis de vache lui aussi super-rebelle puisqu’il est tout percé1.
Get A Grip est accrocheur dès son entame monstrueuse sur Eat The Rich et tout aussi efficace sur des Walk On Down, des Fever (bande-son de 205 junior ça, je m’y revois, tiens, écumant fièrement la départementale 989 à fond de 4e, le lecteur de cassette au taquet et la tête au vent à 90 sulfureux kilomètres à l’heure), des Get A Grip et des Line Up, se danse en hurlant sur un à-moitié-bien nommé Shut Up And Dance, mais marque surtout des points dans les radios djeunes avec Cryin’, donc, surtout dans les couches de la population les plus intéressées par l’embrassade avec la langue. L’autre single qu’on entendra en France, Crazy, marchera nettement moins bien, même si son écoute me replonge intensément dans de langoureux après-midis d’été vautrés dans l’herbe où les grandes vacances faisaient plus de trois jours, aaaah voilà ma folle jeunesse tristement fanée. Les vrais ballades, pour leur part, resteront cantonnées sur l’album : Livin’ On The Edge, puissante comptine déchirante et sur-orchestrée et Amazing, plus sage et intimiste. Comme celles des Guns N’Roses, ce genre de compo lente et intense où le beau chanteur (à grande bouche) épanche sa souffrance intrinsèque sur fond de grands orchestres et de soli déchirés du beau guitariste (à grande bouche) aidera la démocratisation du hard rock aux chevelures savamment négligées (et grande bouche) auprès de ceux qui écoutaient Bob Marley, Michael Jackson, Ace Of Base, Snow2 et Corona sur Fun Radio.
Guns N’Roses, donc. Guns N’Roses qui, d’ailleurs, après avoir marché sur les traces des Aerosmith en question (musicalement parlant, mais aussi toxiquement) et avoir fait leurs premières parties à la fin des années 80, vont leur servir de modèles pour rajeunir leur public. Outre les ballades en légion, Get A Grip jouit ainsi de titres énervés faciles d’accès servant de terrain de jeu à un Joe Perry aussi inspiré que Slash ― normal, celui-ci s’étant inspiré de celui-là ― et les traces de pistolets et de roses s’y ressentent un peu partout sur l’album, si vous me croyez pas écoutez donc à la suite Can’t Stop Messin’ sur Get A Grip et Bad Apples sur Use Your Illusion I, par ailleurs sur le même label, vous verrez bien. Pour sceller ― et étendre au-delà des États-Unis ― le retour au succès entériné avec Pump en 1989, Aerosmith mettra toutes les chances de son côté : album actuel dans l’intro duquel on place une savante pincée du riff du Walk This Way qui les sauva du chômage en 1984 pour apprendre aux jeunes que oui, le tube de Run DMC, c’était eux3, et autant d’invités que chez Dick Rivers ou Johnny Hallyday (Don Henley des Eagles, Lenny Kravitz et une ribambelle d’auteurs grammisés). Pour la promo, pas de problème : Aerosmith s’incrustera sur les BO de Last Action Hero et Beavis & Butthead et s’imposera dans Wayne’s World 2, après avoir copiné avec Mike Myers et Dana Carvey dans Saturday Night Live pour un Wayne’s World Theme d’anthologie avec Tom Hanks comme roadie. Au final, Aerosmith va fédérer deux générations autour de leur discographie, moi inclus, tout content de trouver leur 4 premiers LP dans la collec’ de mon père et de m’initier à des Dream On (dont la version la plus mortelle reste celle-là, qu’Hard Force Magazine m’avait filé en CD promo cadeau quand je me suis abonné, ils étaient sympa, Hard Force Magazine), Same Old Song And Dance, Train Kept A-Rollin’ ou Mama Kin. Évidemment, je ne serai jamais fan d’Aerosmith, même si ma vénération adolescente des deux Wayne’s World me fait les considérer comme de bons potes. Je ne mettrai jamais une oreille sur l’album suivant et j’en entendrai de moins en moins parler (à part comme tout le monde pour la reprise d’I Don’t Want To Miss A Thing sur la BO d’Armaggeddon où Liv Tyler regarde son père à grande bouche s’estomper dans la neige d’un écran de la Nasa4), mais n’empêche, rien que pour ses ballades, ses grandes bouches et son goût d’été, même si d’aucun diront qu’avec ce truc, Aerosmith s’est vendu5, Get A Grip était fait pour cette époque. Au risque de difficilement y survivre, peut-être, mais c’est une autre histoire.
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1 Notons que la méga-frime de l’époque était d’être en possession de l’album dans son édition limitée à pochette en peau de vache 100% polystyrène véritable. Encore maintenant, j’envie ceux-là.
2 Mais si, vous vous souvenez, Snow c’était ça :
3 Gageons qu’au prochain come-back, leur album démarrera sur un sample de Dream On pour rappeler aux kids que le tube d’Eminem, c’était aussi eux.
4 Notez le symbole, puisque 15 ans auparavant Tyler a effectivement failli finir par s’évanouir dans la coke à force de chercher le ciel.
5 Ce à quoi l’on peut rétorquer que n’ayant jamais été un exemple d’undergroundismeI, on se demande ce qu’aurait bien pu trouver Aerosmith à sacrifier sur l’autel du commercial que celui-ci n’avait déjà pas.
#18
Label : EMI Sortie : 14 octobre 1985 Producteur : Martin Birch
Iron Maiden ― A Real Live One
#19
Label : EMI Sortie : 15 mars 1993 Producteur : Kevin Shirley, Steve Harris
Iron Maiden ― Hallowed Be Thy Name
#26
Label : EMI Sortie : 4 octobre 1993 Producteur : Kevin Shirley, Steve Harris
Iron Maiden ― Live at Donnington, August 22nd, 1992
#30
Label : EMI Sortie : 8 novembre 1993 Producteur : Steve Harris
La note est longue, c’est sûr, mais comme je ne voulais pas passer les 6 prochains mois à parler d’un groupe que je n’écoute plus depuis 10 ans, j’ai fait du tassage en règle avant de passer à autre chose. Guronsan disponible sur demande. Bon courage.
C’est sûrement sa pochette qui me pousse à demander le Live After Death pour mes 15 piges1. Coup de chance, c’est un live, fait dont ma compréhension limitée et seconde langue des jeux de mots anglais ne m’avait pas laissé deviner avant d’avoir le disque. Je vais découvrir la discographie d’avant 1985 du groupe grâce à lui : The Number Of The Beast tout d’abord, Iron Maiden ensuite ― parfaite BO d’une partie de Streets Of Rage, pour ceux qui ont encore une Mégadrive et qui ne savent plus quoi écouter ―, Killers (deuxième album, 1981, au final le plus garage et dépouillé) et le concept-album de papyrus-rock Powerslave, sorti en 19842. Le Live After Death, c’est baffouzes à répétition : le démarrage d’Aces High, c’est un riff trop classe à se mettre dans le walkman pour aller au collège en courant. Le quintet final aussi, enchaînant The Number Of The Beast, Hallowed Be Thy Name, Iron Maiden, Run To The Hills et Running Free, est un gros pied. À l’époque de sa sortie, ça fait 5 ans et 5 albums que les fans de Maiden attendent un live, un vrai, pas un EP de 4 titres avec Di’Anno qui chante dessus, non, ni un bootleg italien enregistré au fond d’une chaussette, mais un truc couillu au gros son où Dickinson hurle ses tripes. Le contenu privilégie les gros tubes mais le concert, enregistré à Long Beach fin 1984, est capté avec les pieds, on croirait être dans un tunnel et on n’entend à peine les 10 000 personnes présentes ces soirs-là. N’empêche. Live After Death sera un bon couteau pour étaler ma confiture : je mets une voix sur Churchill (l’intro d’Aces High qui ouvre l’album), j’apprends qui est Samuel Taylor Coleridge (Rime Of The Ancient Mariner, titre super-long de 13 minutes3, est tiré de son poème du même nom), trop la classe à placer en cours d’anglais pour se la péter grave devant le prof, et je passe deux ans à chercher la traduction précise de l’épitaphe d’Eddie sur la pochette, une phrase tirée de The Nameless City de Lovecraft où elle est déclamée par le poète fou Abdul Alhazred, l’auteur du Nécronomicon4.
J’adopte l’album dès la première écoute. Tout d’abord les classiques, Run To The Hills, Iron Maiden, Running Free et surtout, surtout Hallowed Be Thy Name, sorte de Hells Bells local, entamé à coups de cloche et terminé en peine capitale. en 1994, ce sera plutôt Rime Of The Ancient Mariner, après avoir été sublimé par sa déferlante de guitares se ruer sur le ferry anglais de la poupe duquel je voulais sauter dans la nuit du 9 au 10 avril5. Ce sera mon 101 version métal. J’userai ma cassette 100’6 jusqu’à la corde, dans tous les voyages, tous les endroits, truffant la bande d’une multitude de madeleines de Proust avant de le raccrocher. Je le chope dans tous les formats disponibles. Maxis, Faces B coupées au montage et surtout le vinyle, avant tout le vinyle, racheté à un mec d’Angers trouvé dans Hard Rock Magazine qui se sépare de sa collec’. C’est un double 33 tours, comportant une face D non incluse dans le CD, sur laquelle figurent 5 titres enregistrés en mars 1985 à l’Hammersmith Odeon de Londres, mais également où Running Free n’est pas amputé des 2 tiers de sa longueur comme sur le CD. La version originale est plus fidèle à une fin de concert de Maiden classique, où Dickinson achève le public en organisant des chorales métal qui braillent pendant 5 minutes, un concept qu’encore maintenant j’affectionne particulièrement, quelque soit le groupe.
Un mois après la découverte du Live After Death, c’est A Real Live One qui me tombe dessus. 8 ans se sont écoulés depuis le précédent live, Maiden met le paquet. A Real Live One regroupe des titres sortis après 1985, enregistrés sur la tournée européenne dans des salles plus petites, mais de bien meilleure manière, donnant un disque sans queue ni tête, mais avec du coffre. C’est quand je me pointe au collège le lendemain de son achat que le Kaufmann m’annonce que d’après les rumeurs, Bruce Dickinson quitte le groupe, que c’est fini, on peut tous brûler nos dossards7 on va tous crever en écoutant Scorpion et Def Leppard. Le dernier album sera A Real Dead One, second volet du diptyque prévu pour octobre, après lequel on pourra se jeter du haut d’une falaise de Brighton8.
A Real Dead One, on s’en fout, on l’écoutera pas longtemps. Ce qui compte c’est son single, Hallowed Be Thy Name, que j’achète le jour de ma première grève lycéenne de vrai rebel et où, en plus d’une version hallucinante enregistrée en Russie, figure un live de Wasted Years qui défonce tout. Le reste, on oublie, et on laisse Dickinson embroché sur la pochette. Le vrai live de cette fin d’année 1993 sort un mois après, c’est le Live At Donington, August 22nd, 1992. Contrairement aux deux Real Ones, cousus du fil blanc de bouts de morceaux d’extraits de concerts de la tournée européenne pas vraiment cohérents, le double live qui conclut l’année Maiden ― et enterre définitivement Dickinson pour les 5 suivantes ― offre l’ensemble de leur concert en tête d’affiche des Monsters Of Rock 1992, du début de l’intro aux derniers pétards du feu d’artifice qui clôt le festival, en passant par les 5 minutes de pause de rappel aussi histoire d’être bien sûr qu’il ne s’est rien passé pendant qu’on était au bar. Ce sont 112 minutes de liesse hirsute d’une soixante-dizaine de milliers de métalleux communiant dans une chaude camaraderie houblonneuse, vociférant en chœur les refrains lyriques de Dickinson, une belle jeunesse heureuse de vivre qui fait bien chaud au cœur, monsieur l’Abbé. La VHS qui va avec montre un groupe au sommet de son art ― le déclin viendra juste après ―, soudé et éternel. On voit les gamins d’Harris sautiller sur la scène pendant les chœurs d’Heaven Can Wait, où traditionnellement les roadies et les équipes techniques du groupe montent sur scène pour chanter ― respect, j’ai jamais vu d’autre groupe faire ça ―, Adrian Smith, parti du groupe 4 ans auparavant, les rejoint pour Running Free, préfigurant le line-up actuel qui dure depuis 1999, Dickinson développe des qualités de showman indéniables et tire du public ― ce coup-ci foutrement bien enregistré ― des réactions vocales assez intenses pour qu’on croie qu’ils ont tous un micro. Quand je commencerai à faire mes cassettes de compile de live, c’est là-dedans que j’irai puiser le plus largement9, jusqu’au jour où je laisserai tomber le Rock Dur. Live At Donington sera le dernier disque de Maiden sur lequel j’accrocherai totalement, une sorte de testament. Certains groupes appartiennent à une époque et, même s’ils y survivent commercialement, se sont trop impliqués dedans pour vraiment s’en émanciper. À croire qu’au final on grandit plus vite qu’eux.
1 On n’est pas artistiquement sérieux quand on a 15 ans.
2Piece Of Mind, on oublie, il sent mauvais du fondement.
3 13 minutes c’est long parce qu’à l’époque je ne sais pas ce qu’est The Song Remains The Same.
4 Traduire la phrase en 1993 : deux ans. Relater son contexte en 2007 : 2 minutes. Je me demande comment ma génération a pu grandir sans le Internet, dis donc.
5 Pas à cause du suicide de Kurt Cobain, nan
6 À l’époque c’est la grande classe, les cassettes de 100 minutes
7 Atteindre l’âge de sagesse, c’est commencer à pouvoir avouer qu’un jour, on s’est vêtu de dossards de métalleux, sans se soucier de la honte qui en découlera inévitablement.
8 j’ai la flemme de vérifier s’il y a bien des falaises à Brighton.
9 Ça me fait penser qu’avec un concept de Concert à Composer, constitués de groupe choisis préalablement par un vote du public par SMS qui tournent les uns après les autres pour un seul titre, avant de revenir plus tard dans le set, tout ce petit monde se croisant gentiment backstage, « tiens salut Bono, j’ai pas pu te saluer tout à l’heure t’avais l’air occupé avec Calogéro, tu sais pas où est Bertignac ? Faut que je le présente à Chris Martin et Jon Bon Jovi »I, ça serait la super-frime pour faire mieux que la Blogothèque et finir avec des Flèches d’Or encore plus super-blindées du tout-Paris rockeux, je note pour plus tard.
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I Je cite comme ça dans le cas où le premier Concert à Composer serait un spécial Rock Quoi, hein.
#17
Label : Geffen Sortie : 21 juillet 1987 Producteur : Mike Clink
En 1992 les chemises à carreaux sont des vêtements cools, les bandeaux dans les cheveux et les bandanas au poignet des accessoires cools, les têtes de mort des dessins cool, le hard rock une musique cool, le Jack Daniel’s une boisson cool et les Guns N’Roses, utilisant tout ça en même temps, forcément des gars cool. Même avec un chanteur roux.
Ce qui est étrange, c’est qu’à l’époque, si Appetite For Destruction s’est déjà écoulé à quelques tonnes de copies [il en est aujourd'hui à 15 millions, ce qui en fait le troisième premier album pour un groupe le plus vendu de l'histoire1 derrière Boston et... Hootie & The Blowfish.], personne autour de moi n’en entend parler avant les six mois d’écoute en boucle de Use Your Illusion au bout desquels on se décide enfin à aller voir plus loin, histoire de découvrir du vieux qui sonne tout neuf. Je chope une cassette quelquepart, avant d’avoir le CD à mon anniversaire. Le truc entre en joue-liste comme ses dessins commencent à polluer mes agendas, la croix de la pochette2 en tête. Dessus rien à jeter, de l’hymne Welcome To The Jungle au sulfureux final Rocket Queen (dont la légende dit que les cris équivoques sont ceux d’une strip-teaseuse que Rose se tapait dans le studio pendant l’enregistrement), en passant par You’re Crazy, My Michelle, Out Ta Get Me et Anything Goes. Sans compter It’s So Easy, ce truc de méchant qui te fait te sentir comme un rebel graisseux, même quand t’as 14 ans, les cheveux courts et que t’as jamais touché une canette.
Mais s’il y a UN truc à retenir d’Appetite For Destruction, ça reste Paradise City. Oui, Paradise City. Non, pas Sweet Child O’Mine. Sweet Child O’Mine, c’est un truc de chochotte, malgré le solo dramatique de Slash et le suspens insoutenable qui règne dans le break interrogateur ponctué du fameux « where do we go now, sweet child ? », une question à laquelle Rose ne sachant répondre, préfére se réfugier dans des aïaïe, des hans hans et des no no qui noient le poisson ad lib sans qu’on sache au final où ils s’en vont, laissant l’auditeur dans un océan de frustration interrogative à devenir dingue (justifiant cette pertinente analyse, Sweet Child O’Mine est directement suivi sur l’album de You’re Crazy. Coincidence ?). Sans compter que quand t’es célibataire, qu’on te conte de pareilles mièvreries acidulées t’énerve autant qu’une pub pour Alice ou qu’une couve sur les Plasticines, et que ― sur et avant tout ― Sweet Child O’Mine a été repris par Sheryl Crow, et que ça mon pote, c’est un peu la honte. Paradise City, au moins, a un message clair : d’entrée de jeu l’auteur annonce la couleur ; il souhaite être mené vers cette ville paradisiaque où le gazon est vert et les filles sont pas flasques3, un endroit qu’il considère d’ailleurs d’ores et déjà comme sa patrie ― rappelant le « j’y pense donc j’en suis » fondateur de la pensée cartésienne ―, et chante ce message d’une verve assez fédératrice pour que ce refrain devienne l’hymne de toute une génération, encore plus fort qu’On est les champions, La bite à Dudule où La Zoubida, posant ainsi les bases de l’insatiable soif d’herbe verte qui caractérisera la jeunesse des années 1990. Dans la deuxième partie du morceau, l’ami chevelu, frisu, chapu et marlboru du narrateur, venant à son aide du son de sa Gibson, imprime à l’œuvre un climat d’urgence virile et finement suante traduisant tout le drame de la situation ; si personne ne prend conscience de leur appel au secours conjugué, les deux compagnons resteront intolérablement dans leur ville pas cool, où le gazon est rouge et la tronche des filles fout les boules. L’appel à l’aide est transmis en mettant assez de passion dans leur propos pour que quiconque se sente indéniablement solidaire de leur malheur, donc concerné par le morceau, et conséquemment entièrement conquis4.
Je me demande combien se sont endormis, là.
Bref, tout a une fin, Appetite For Destruction y compris, surtout au lycée. À part en première, quand le patron du Tabou installe le flipper GN’R au fond du bar et que Welcome To The Jungle accompagne le début de chaque partie [et de chaque demi]. Et surtout en 2004, plus de 10 ans après les faits, quand au fin fond du State Theater de Détroit, entouré par des groupies d’époques ― donc défraîchies ― je regarde Slash, sa clope, son chapeau et sa Gibson balancer la purée d’un It’s So Easy vite repris par le reste de Velvet Revolver, à me répéter sans cesse que si on avait dit au gamin qui écoutait Appetite For Destruction enfermé dans sa piaule en 1993 qu’il finirait par voir ça en vrai, il ne l’aurait pas cru. À 11 années d’intervalle, la même flamme dans les yeux, subitement ravivée. La vie est définitivement parsemée de choses pour lesquelles on aura toujours 15 ans.
Extraits
#1 - Welcome To The Jungle
#2 – It’s So Easy
#6 – Paradise City
#9 – Sweet Child O’Mine
#12 – Rocket Queen
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1 Ça sonne compliqué, ça.
2 Pochette alternative puisque l’originale, postée ici, fut boycotée par MTV à sa sortie.
3 « Jolies » aurait été plus précis, mais ça rime encore moins avec paradisiaque.
4 Terminant ce passage, je réalise que si le sujet de philo au bac avait été « Expliquez pourquoi et comment Paradise City, par le message qu’elle véhicule, est une œuvre bien plus utile à l’évolution de l’humanité que Sweet Child O’Mine, en n’oubliant pas de citer Descartes. », j’aurais peut-être eu plus de 6 en dissert’, moi.
[Le classement est d'époque, hein, on ne rigole pas.]
Guns N’Roses – Perfect Crime
Metallica – Nothing Else Matters
Sting feat. Eric Clapton – It’s Probably Me
Iron Maiden – Be Quick Or Be Dead
Guns N’Roses – November Rain
U2 – One
Guns N’Roses – Get In The Ring
Dire Straits – Money For Nothing
Guns N’Roses – Don’t Cry
Iron Maiden – Wasting Love
Iron Maiden – Fear Of The Dark
Guns N’Roses – You Could Be Mine
Queen – The Show Must Go On
Guns N’Roses – Knockin’ On Heaven’s Door
Cindy Lauper – The World Is Stone
Dire Straits – Heavy Fuel
REM – Near Wild Heaven
Iron Maiden – Afraid To Shoot Strangers
Guns N’Roses – Civil War
Ugly Kid Joe – Everything About You
En plus des trucs déjà mentionnés [notons l'hégémonie Guns N'Rosienne, attestant de ma groupietude d'alors], on trouve Sting avec sa BO de l’Arme fatale III et sa fameuse rythmique au Zippo, du Dire Straits grâce à ma mère et son amour invétéré pour Mark Knopfler, de l’REM grâce à ma sœur et son amour invétéré pour Michael Stipe, ainsi que Queen, devenu inévitable dès la mort de Mercury fin 1991, avec un Show Must Go On tiré du Greatest Hits II qui m’accompagne au Portugal en avril.
Et Cindy Lauper.
Que 15 ans plus tard, je n’explique décidément pas.
#16 Label : Mercury Sortie : juin 1992 Producteur : Ugly Kid Joe, Mark Dodson, Michael Dodson, Ryan Dorn
Le 28 octobre 1992 marque le début d’une nouvelle ère cinématographique qui va chambouler l’ordre mondial. On ne le sait pas encore mais, tout comme il y eut un avant et un après le cinéma parlant, tout comme il y eut un avant et un après le cinéma en couleur, il y aura définitivement un avant et un après le cinéma de Wayne’s World.
Autour de la sortie du film surgit le clip d’un groupe jamais vu jusque là, rigolant grassement en short sur une plage californienne. Everything About You est partout, Ugly Kid Joe se fait aussitôt un nom en apportant à ceux qui ne l’avaient jamais entendue ― moi le premier ― la vision américaine du hard rock, mais dans un look plus fidèle aux naissantes années 1990. Leurs longs cheveux et leurs shorts sont grunge ― mais sans carreau ―, l’ambiance de plage, soleil, bière et skate plutôt punk-rock, mais leur musique copie sagement les standards du hard rock américain gras, gros et hirsute, en y adjoignant un humour paillard, imbibé de molards et de morve, plein de gros mots sur fond de solos de 6-cordes furieux. Pendant que les filles s’entichent plutôt de la reprise d’Harry Chapin, Cats In The Cradle, qui sera au final le plus gros succès de l’album, nous adoptons Everything About You, évidemment, mais aussi Madman et son intro de mitraillette à Disneyland ― « Happiest place in the world, ’til the madman raped a girl » ―, Panhandlin’ Prince, sale et méchant ; Neighbor, entrée en matière comme un écho puérile de Welcome To The Jungle ; Don’t Go, immédiat et bien foutu et I’ll Keep Tryin’, sur lequel je me tourne des clips les soirs de Seconde. Même si je n’achèterai jamais l’album, America’s Least Wanted devient un classique de nos soirées. On y trouve tous les derniers clichés du hard rock : Voix d’outre-tombe entamant le funky-wawa-métal de Same Side, intros en guitares gregre1, solos à mille doigts2, breaks lumineux et basse organique à la Guns N’Roses. L’album, à travers son single, est une pertinente introduction à Wayne’s World ― où Everything About You passe chez Stan Mikita’s Donuts ― puisque le film s’inspire de ce hard rock-là à grands renforts d’Aerosmith, de Cinderella et de Black Sabbath. Ce même hard rock qui, mis à part le Keep The Faith de Bon Jovi et le Get A Grip d’Aerosmith, va se viander l’année suivante, mondialement supplanté par le grunge, puis la fusion, puis le punk-rock, puis le néo-métal. Ugly Kid Joe ne survivra pas à la transition3 : Menace To Sobriety décevant en 1995, Motel California anecdotique en 19964, les métalleux dégueux finissent dans la poubelle de leur label en 1997 avant un passage à la déchiqueteuse du best-of en 2002. Je me demande où seront Tokio Hotel en 2017, tiens.
Extraits
Neighbor
Panhandlin’ Prince
Cats In The Cradle
I’ll Keep Tryin’
Everything About You
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1 J’ai rien trouvé de mieux pour les décrire. Pour se faire une idée, écouter Panhandlin’ Prince.
2 C’est la journée des néologismes musicaux aujourd’hui, dites donc.
3 Pas plus que son ancêtre mais néanmoins ersatz Green Jellÿ, soudainement promu par MTV après le succès d’Ugly Kid Joe mais dont le Cereal Killer Soundtrack file directement de la quat’ de couv’ de Hard Force Magazine aux magasins de disques d’occases.
4 Mais que pardon mais alors le trip de répondeur insultant qui figure dessus, Rage Against The Answering Machine, que ça c’est un titre qu’il est bien trouvé, Roger.
#15
Label : Epic Sortie : 29 octobre 1992 Producteur : Bruce Fairbairn
Sainte idée cette année-là pour Epic que de sortir un live d’AC/DC. Mieux qu’un best-of, puisque son gros son colle plus à l’époque que leurs albums vieux de 15 ans, Live est surtout l’occasion d’imposer Highway To Hell sur toutes les radios et télés, le rendant inévitable pour tout ceux qui ont loupé l’épisode précédent en 1979. Fin 1992, Il devient impossible de passer à côté d’Angus Young, grenouille sauteuse lacérant sa Gibson SG en flammes, ni de Brian Johnson, son chanteur à casquette et voix de canard ultrasonique t’invitant à aller voir en Enfer si Satan y est. Nous qui débarquons tout juste dans le hard-rock, on se prend une bonne baffe en forme de leçon d’histoire. Le CD, c’est mon père qui l’achète à la montagne en février 19931. Pas étonnant, je retrouverai plus tard dans ses vinyls If You Want Blood, Dirty Deeds Done Dirt Cheap et Powerage. Pour l’heure, je découvre les cloches d’Hells Bells et je braille des Back In Black, dont j’apprends qu’il est tiré du premier album enregistré après la mort du premier chanteur, Bon Scott, un mec rock n’roll qui s’est étouffé dans son vomi la veille de mon 2e anniversaire, trop cool2 ! Live est puissant, bien enregistré, bien méchant et ce dès son intro en chants de fouteballe couverts par l’entame épileptique de Thunderstruck dansant sur des chœurs infernaux. Le pied, Thunderstruck. J’apprends son intro à la guitare au printemps, alors que Live tourne en boucle dans la caravane du Bardy, celle qu’on squatte dès qu’on peut. Aussi facile à jouer que Nothing Else Matter3, le bordel. À moi le succès, le pognon, la coke et les putes.
1993 et les événement de l’été4 passant, je lâche quand même AC/DC pour deux raisons :
Même s’il s’est formé que 2 ans avant Maiden, à l’époque AC/DC sent le groupe de vieux alors que Maiden, non. C’est sûrement dû à la casquette de Johnson. Ou aux visuels, peut-être. Ou au fait que les mecs qui se baladent avec des dossards AC/DC sont souvent de gros beaufs.
Question gros beaufs, justement, je tombe sur leur chef le jour de l’entrée à l’internat du lycée. Lui, c’est le pire que la terre ait porté, que même Strip-tease en voudrait pas. Débarquant de la banlieue de Carignan sur sa mobylette qui fait du 115 ― et que seul son chien peut rattraper, sic ― avec un perfecto en imitation skaï sur lequel il a écrit au typex « FAI T S MOI UN CALIN SI TU M’AIMES », sortant de son pif des trucs de la taille d’une toile de tente pendant les cours de TSA, amateur de baston à la batte de base-ball en plastique les soirs de bal dans toute l’Ardenne-Est, vain dragueur de tout ce qui se promène avec des seins dans le lycée et au-delà, il ne délaisse Living On My Own que pour écouter son double CD du Live d’« Ââcédééçéé » des soirs durant. Étrangement, je laisse tomber le mien de suite.
AC/DC reviendra quand même chez moi en passant par la fenêtre quatre fois : la première à 18 ans, quand je mets Whole Lotta Rosie en ouverture de la première cassette de ma 205 junior ― on est un vrai punk ou on ne l’est pas ― pour aller écraser des grands-mères le cheveux court au vent. La deuxième à l’orée du Stade de France du 22 juin 2001, quand Zégut décide d’égréner les semaines qui l’en rapprochent en en balourdant chaque mercredi dans Zikweb un morceau qu’on s’écoute au taquet, à la grande joie de mon voisin de palier. La troisième quand, à la même époque, je ressors Highway To Hell du grenier tous les 15 jours pour la passer à la boum sur les coups de 2g30 du matin, quand la piste s’est assez vidée ― et nous assez emplis ― pour qu’on puisse taper un concours de guitare en carton sur la scène du chapiteau devant un parterre de groupies avinées. La quatrième enfin, à l’été 2002, quand le mec qui nous emmène, Copain et moi, bosser à Grevenmacher tous les jours se l’écoute en boucle dans sa voiture. C’est ça mon dernier souvenir de Live : un grand sentiment de lassitude annoncée trompée à grands coups de headbanging sur fond de campagne luxembourgeoise qui défile à 180 km/h. Ce n’en est pas moins un disque majeur : c’est grâce à lui que nous, les kids des années 90, on a pu comprendre qu’en plus d’avoir existé, les années 70 elles étaient cools.
Extraits
Thunderstruck
Shoot To Thrill
Hells Bells
Whole Lotta Rosie
Highway To Hell
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1 Dans un supermarché où la radio passait Sleeping Satellite de Tasmin Archer. Y a des souvenirs, des fois, on se demande vraiment pourquoi on les retient.
2 Remercions pour cette information le calendrier 1993 d’Hard Force Magazine, un outil bien utile aux commémorations poliues de toutes sortes.
3 Enfin, à la même vitesse que Julien Lambroschini reprenant Ten Years After dans Le périle jeune, tout du moins.
Ma liste allant, je réalise qu’on y trouve deux types d’albums : ceux sur lesquels on passe et ceux qui mènent vraiment ailleurs. Comme dans Sonic, où l’on engrange les anneaux1 qui te filent des vies en plus, mais où l’important, ce qui permet vraiment de passer une étape, c’est le lampadaire rouge.
Dans ma liste figure tout un tas de lampadaires rouges. Et encore plus d’anneaux. Metallica, c’est l’anneau typique. Vite rencontré, vite écouté, vite oublié. Premier contact sur Nothing Else Matter, évidemment, le slow le plus implacable du coin à l’époque, jouant à armes égales avec un Don’t Cry, un One2 ou un Heal The World3. Le deuxième sur Enter Sandman, première piste de l’album (dans laquelle c’est le fils de Bob Rock qui récite la comptine du break, un hasard de studio), morceau d’attaque incapable de faire regretter son achat. Au delà de ça, passé la petite perle The Unforgiven et son intro de camion fou, la ligne de basse frissonnante de My Friends Of Misery ― composé à l’origine comme un instru, et qui aurait au final mieux fait de le rester ― et la charge d’assaut de Holier Than You, Metallica trouve vite ses limites. Surtout maintenant. À l’époque ça passe encore, je deviens métal, mes potes le sont déjà, Metallica a baissé le rythme de ses premiers efforts et capte une audience plus large ; le rythme lourd et lancinant qui en découle nous va à merveille [mis à part les puristes qui, évidemment, fustigent quiconque se hasarderait à apprécier leurs ballades]. Mais ça ne durera pas. Passé 1994 je ne retiendrai plus un titre de Metallica dans mes classements annuels. Pendant ce temps, ils se coupent les cheveux, nous emmerdent à coup de Load et de Reload, font un album symphonique vaguement intéressant en 1999, se ridiculisent en 2000 dans l’affaire Napster et viennent pleurnicher chez le psy en 2004 dans Metallica: Some Kind Of Monster.
Bien avant tout ça, quelque semaines à peine après Metallica, Metallica m’en rajoute une couche dans cette cassette de Ride The Lightning4 que se refile toute la bande. S’il est bien loin de pouvoir se vendre à 15 millions d’un[nanim]ités, Ride The Lightning contribue grandement au développement de la grande mode des doigts à cornes et des « beuaaaaarh » bestiaux qui envahissent les couloirs du collège [sauf pour ceux qui n'ont pas encore mué5]. Metallica y6 apparaît plus jeune, bien plus brut[e] et surtout bien plus poilu. On retombe en 1984, à une époque où le thrash de la baie de San Francisco commence à beugler au-delà du Golden Gate grâce à des Fight Fire With Fire ― tout en cliché, de son intro à la guitare acoustique à la con jusqu’à son final d’explosion atomique ―, Fade To Black, l’ancêtre lunatique de The Unforgiven, Ride The Lightning, For Whom The Bell Tolls ― avec Hells Bells, l’autre titre à cloche qui décrasse ― et Creeping Death. L’album est bestial, il souffre d’une production affreuse [on a vraiment l'impression qu'Hetfield gueulait tellement fort qu'ils ont dû le laisser sur le parking] mais là où Slayer, Death, Morbid Angel, Obituary et le Sepultura de l’époque ont échoué, il arrive à me faire apprécier le monde merveilleux du poil en touffes, de la corde de gratte carbonisée, de la double-pédale massacrée et des textes poétiques me cantant ma mort prochaine sur une chaise électrique, une hache wisigoth plantée dans le crâne cependant que Cthulhu, lui, ça le fait marrer. Ride The Lightning sera à l’origine de mes premiers headbangages [et de leur torticolis associés] mais restera mon seul album de ce genre, ceux qui suivront étant bien plus enracinés dans un métal plus classique. Je ne passerai même pas plus de deux minutes sur Masters Of Puppets, tiens, malgré tout le bien qu’on en dit. Metallica me passe comme les Crados quelques années plus tôt. En fait, le thrash metal c’est comme le tuning, ça disparaît avec l’acné. Sauf en Norvège, bien sûr7.
Extraits
Metallica
Enter Sandman
The Unforgiven
Wherever I May Roam
Nothing Else Matters
My Friends Of Misery
Ride The Lightning
Fight Fire With Fire
For Whom The Bell Tolls
Fade To Black
Creeping Death
The Call Of Ktulu
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1 Et quand on se fait toucher par un hérisson nucléaire, Sonic perd ses anneaux dans une vaste hémorragie dorée. Sonic, c’est le Saigneur des Anneaux. Haha.
2 De U2, hein, pas de Metallica.
3 Rigolez pas, c’était super groovy-tendance à l’époque.
4 On ne fera pas d’épisode Ride The Lightning, les deux albums étant pour moi trop liés dans le temps pour que j’en parle séparément.
5 Je parle pas de moi, mais d’un pote que je connaissais bien à l’époque. Hum.
6 Pas dans les couloirs du collège, hein, mais sur Ride The Lightning. Je te dis pas l’émeute si Lars Ulrich était venu nous surveiller en perm’, tiens.
#11
Label : Geffen Sortie : 16 septembre 1991 Producteur : Mike Clink, Guns N’Roses
Guns N’Roses ― Use Your Illusion II
#12
Label : Geffen Sortie : 16 septembre 1991 Producteur : Mike Clink, Guns N’Roses
En 1992 Guns N’Roses est un groupe tout en bandanas et en cheveux gras trempé dans la bière, prêt à confirmer le succès de son Appetite For Destruction, et pas encore la vaste blague du gros rouquin à dreads de service. Je tombe d’abord sur eux à travers Live And Let Die, capté par ma cassette Skyrock1, mais l’instant décisif est à la fin des vacances d’été ― celles où Smell Like Teen Spirit échoue face à mes parents ―, quand je trouve You Could Be Mine dans le générique de Terminator 2. Waw. De retour en Ardenne, on me refile un live pirate enregistré sur un magnétophone Smoby enfourné dans un sac rembourré d’oreillers en plume ― bonjour le son ― où figurent November Rain [accroche directe, surtout sur le final] et Perfect Crime. J’achète les 2 albums [mes tout premiers CD] à Charleville-Mézières un jour d’automne, je décalque les dessins de leurs livrets dans mon agenda, entre les cartes postales de Maiden. Knockin’ On Heaven’s Door [et surtout sa version du Rock Aid hommage à Freddie Mercury du 21 avril] est un souvenir mémorable2 du réveillon 1992, conclu chez une copine sur fond de II, à guérir un pote de son Shotgun Blues en soignant ses Bad Obsessions. Je tripe sur le faux live Get In The Ring, je touche du blues dans You Ain’t The First, bien avant mes Stones et mon Jack White. Début 1993, je me mets une chemise de bûcheron noire et verte et j’achète Wendy, une broche représentant le dessin de Pretty Tied Up qui apporte chance, joie et bonnes notes en maths [ou en géo] à quiconque lui frotte le dessous du nichon droit [spécialement les jours d'interro de maths (ou de géo)] et je fais un exposé sur le groupe pour le cours de musique [ce qui doit être, au final, mon tout premier écrit rock n'roll]. L’été suivant, l’intro de Civil War sera un des premiers accords que j’apprends à la guitare [après, bien évidemment, celle de Nothing Else Matter, comme tout le reste de la planète d'alors].
Entretemps, forcément, si chez mes potes Nirvana était catalogué glam, Guns N’Roses, c’est le summum de l’hyperglam, le truc de naze fini, un groupe dont on rigole grassement en écoutant Slayer et Metallica3. Suffit de voir leurs balades en série qui font pleurer les filles [et les gars fraîchement largués] : November Rain, avec son piano, son orchestre philharmonique et le solo de Slash devant l’église sur une Gibson sans fil qu’on découvre lors d’une soirée crêpes à l’automne. Don’t Cry, sur lequel tout le collège se tripote [sauf moi, bien sûr] et s’entraîne à tenir les 24 secondes du aaïïïïaaïïïïaaïïï qui le concluent4. Si le collège se divise entre les partisans de I (le jaune) et de II (le bleu)5, les critiques des magazines de l’époque se partagent plutôt entre ceux tombés nez-à-nez avec le chef-d’œuvre massif d’un groupe au sommet de son art, et ceux qui n’y voient qu’un vaste bordel de 30 titres infoutus de choisir entre les divagations d’un Axl Rose décidé à devenir le nouvel Elton John et la soif de bruit de deux guitaristes pour qui plus c’est lourd, plus c’est bon ; une entité bipolaire au bord de l’implosion. À chacun de voir. Ceux qui aiment ― et qui vont au-delà des balades à l’eau de Rose6 ― tombent sur un rock plus punk, corrosif, instantané, plombé en lenteurs et fioritures, c’est sûr, mais plus facile d’accès que le thrash. Comme Nirvana avec Sonic Youth, les Pixies ou Dinosaur Jr., Guns N’Roses rameutent dans notre collège ― et ça sera encore plus flagrant avec The Spaghetti Incident? ― une foule de nouveaux sons et noms : sans qu’on le sache, à travers eux 1992 sent le Stooges, le Dylan, le Johnny Thunder, l’Aerosmith [pour qui ils préparent le terrain pour 1993] et une foule de groupes à la LA Guns, comme il nous introduit Alice Cooper dans un The Garden déchiré, avant même la sortie de Wayne’s World. J’absorbe les références. J’écoute les deux albums en boucle jusqu’au brevet, avant de les laisser tomber une fois au lycée, à part une parenthèse toscane de Bad Apples, Dead Horse et Breakdown ressortis du placard en 1996 grâce à 3 accords d’un jingle de Fun Radio. Pour le reste, Use Your Illusion reste coincé dans la même faille temporelle qu’Axl Rose lui-même. 12 ans que le nouvel album, Chinese Democracy, doit sortir cette année. 12 ans que là-dehors, on l’attend de moins en moins. 12 ans que moi, j’ai laissé tomber. Mais putain, ce que j’ai pu aimer.
Extraits
Use Your Illusion I
Don’t Cry (Original)
Perfect Crime
November Rain
Bad Apples
Dead Horses
Use Your Illusion II
Civil War
Get In The Ring
Breakdown
Estranged
You Could Be Mine
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1 Sur laquelle il est suivi par C’est toi que je t’aime des Inconnus, ce qui me vaut de toujours m’attendre à l’entendre démarrer à la suite.
2 Mais pas racontable.
3 En 1992, Metallica a encore des cheveux. Et donc de la crédibilité.
4 Pas eu à compter. je me souvenais que ça durait 24 secondes. des fois, je me fais peur.
#10
Label : EMI Sortie : 12 mai 1992 Producteur : Martin Birch
Je ne sais toujours pas ce qui m’a pris ce soir d’août 1992. Peut-être l’euphorie du frisson de l’interdit, alors que nous nous étions barrés, le Bardy et moi, du camping que ses parents tenaient en bord de Meuse pour aller squatter le salon du Péch’ pendant que sa famille se faisait un resto. Il y avait d’autres potes : son voisin d’en face, ainsi que le mien, peut-être, et le Kujawa. Qui a brandi la cassette ? Aucune idée. Je sais simplement qu’elle a tout changé. Un seul riff ― le tout premier, celui qui ouvre Be Quick Or Be Dead ― aura suffi pour que moi, d