Shooting people #32.
« Faire de la photographie c’est provoquer la chance, » dit souvent Juyette. Provoquer la chance, ça veut dire se condamner à la scoliose du photographe en emportant son fotoapparat partout, faire du principe « si je porte un caleçon, c’est que je porte un appareil photo » un sacerdoce et aller traîner partout où c’est possible, souvent sans raison. Surtout sans raison.
On se bloque une soirée, on se prévoit un vague terrain de chasse et on part l’arpenter sans savoir ce qu’on y trouvera. On peut revenir sans avoir pris de photo, revenir avec une tonne de clichés que l’on ne gardera pas ou revenir après dix bornes de marche sur lesquelles on aura défouraillé que deux fois. Peu importe ce qui arrive, l’essentiel est de donner une chance à l’éventuel de se concrétiser, de hanter la ville jusqu’à échouer au milieu du pont Neuf, de repérer un cadrage, de prendre du recul en traversant la rue, de régler son exposition au cas où un truc dingue se produit et de ne pouvoir s’empêcher de penser que tout ça rendrait fort bien si les touristes se barraient pour ne laisser qu’une ou deux personnes mettre en valeur l’endroit.
Dans ce genre de moment, voir Japonais et voitures évacuer les lieux dans le même mouvement, distinguer une fille sortir de la pénombre aussi sûrement que si elle entrait en scène et investir la place comme si trois coups venaient d’être donnés donne une étrange impression d’avoir lancé un Ça tourne ! télépathique auquel répondent les éléments en s’accordant dans un étange balai de circonstances tombant justement juste, comme ce jour-là, comme s’ils cherchaient à recréer ce jour-ci.
Elle attend. Elle s’approche du lampadaire, le temps d’une seule photo, doublée parce qu’on n’a pas confiance en l’autofocus d’un vieux Sigma qui broute. Elle s’éclipse.
Et la ville reprend sa course.

Pont Neuf, Paris, 24 juillet.
Bande-son : Isobel Campbell & Mark Lanegan – Revolver Part II
« Rien ne peut jamais marcher si l’on songe à tout ce qu’il faut pour que ça marche. »
Daniel Pennac
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25 juillet 2008 à 15:58
:)
25 juillet 2008 à 16:01
rhalala… c’est bien une des première fois où tu balances l’histoire AVANT la photo :)))
ceci dit… tu as tout a fait raison… mais puree, qu’est ce qui m’a pris d’acheter un D300 2x plus lourd que le bon vieux D50 hein??
belle apparition en tous cas ;)
25 juillet 2008 à 16:20
Ath> Oui ?
Frall> Merci. Dans le cas de cette photo c’était tellement obligé, aussi…
C’est vrai que ça fait lourd à force, non ? Mais la douleur occasionnée est tellement insignifiante comparée à celle causée par une photo manquée parce qu’on avait rien sous la main !
25 juillet 2008 à 17:40
je tire mon chat-peau… on dirait une photo de mode (dans le bon sens, hein, pas genre je mets un modèle sur un cheval en robe de soirée et talons hauts et hop! j’ai un shooting à la con qui plaira trop à la D.A….)
ce fut une sacré chance de c***, nan? j’espère que tu te poses pas trop de questions, du coup… :)
je devine comme qui dirait un coucher de soleil, elle donne quoi en couleur cette photo?
25 juillet 2008 à 19:08
c’est tellement vrai tout ça!
Encore, avoir l’appareil toujours dans le sac ok, encore faut il avoir des cartes CF ! : ]
25 juillet 2008 à 20:11
Wah, pour le texte, pour la photo, pour l’émotion, wah. Merci monsieur pour ce petit instant de bonheur!
25 juillet 2008 à 20:56
J’aime beaucoup les deux aussi. Ca rappelle des sensations connues :)
26 juillet 2008 à 21:37
Wow. So dark and fresh at the same time.
Excellent!
28 juillet 2008 à 9:42
Myoo> Je vois ce que tu veux dire [même si Henri IV sur son cheval porte effectivement une robe de soirée et pourrait du coup entrer dans la seconde catégorie que tu as citée. Pour le reste je ne me pose jamais de question :)
En couleur elle rend pas terrible en fait, les hautes lumières sont saturées en orange, ce qui rend cra cra. L’avantage du noir et blanc c’est qu’on peut désengorger le tout pour que le résultat final ne bave pas. Le ciel, derrière, est plutôt crépusculaire, mais j’ai surexposé au tirage pour détacher le fond !
Saryon> AGNAGNAGNAGNAGNA
Morgan> Mais de rien, merci à toi plutôt :)
Alain> Merci également. Ce genre de sensation c’est tout le malheur que je te souhaite :)
Ce> Thank you a lot! Glad you like it.
28 juillet 2008 à 12:57
mazette, c’est bien beau ! spèce de provocateur va ! ;)
28 juillet 2008 à 14:54
Rah là là c’que c’est beau, ce que tu dis.
Surtout la partie qui parle de caleçon.
@ Frall : et t’en es content ? Mon frangin a fait le même cheminement D50 > D300, et il ne regrette pas une seconde :) (d’ailleurs je fais un peu de pub gratuite, bande de photographieux : http://www.thirdeye-photoblog.co... )
29 juillet 2008 à 0:11
j’ai l’impression que c’est le dernier endroit à la mode pour parler de son frangin photographe… à moins qu’on ne soit en train de lancer une nouvelle mode… :)
merci pour le retour sur la couleur, c’est marrant j’ai l’impression d’entendre mon frère m’exliquer en long en large et en travers les avantages du N&B… :)
29 juillet 2008 à 10:49
-ju> :D
Trude> Le caleçon est un des sujets les plus émouvants qui soient. [je vous laisse causer entre dépravés amateurs de Nikon, hein].
Myoo> Claro, je vais finir par facturer les espaces publicitaires, je crois.
Ah non mais le noir & blanc ma chère, c’est une fort belle invention, pour peu qu’on s’en serve bien et à bon escient pour mettre en valeur les formes en pensant bien à y mettre du noir et du blanc, sinon ça fait du gris et gris [ça à l'air évident comme ça mais beaucoup de gens font du gris et gris, or ça pue du cul le gris et gris, bouh.]
29 juillet 2008 à 10:54
putain j’vais me faire passer pour mon frere qui parlera de moi son frangin qui essaye de faire de la photo!
29 juillet 2008 à 11:03
Alors soit pense à bien te laver pour qu’on pense que « s’il s’nettoie c’est donc ton frère. »
Hum.
Désolé.
29 juillet 2008 à 12:02
éhéh
29 juillet 2008 à 19:27
aah oué, disons non au gris et gris ! (ou autres idées de slogans de bon goût : le gris tue le noir et blanc, vive le noir à 0%. trop de gris c’est pourri. le gris, t’es foutu, les photographes sont dans la rue)(pardon, je m’emporte)
bon sinon, si on se met à parler des frangins qui font de la photo, j’en ai deux en stock, kinenveut ?
30 juillet 2008 à 10:27
Ouais carrément, le gris c’est nase, boutons-le hors du pays.
Non mais vas-y, hésite pas à balancer les liens, ça fera de nouveaux frères dans la collec :)
30 juillet 2008 à 14:15
Bon je suis aps très original mais je trouve la composition et la lumière magnifique. j’aurai été curieux de voir le RAW en couleur :)
30 juillet 2008 à 15:29
Merci :)
Il casse pas des briques, en fait j’ai fait une double expo du brut pour rééquilibrer la lumière entre la fille et le reste de la scène donc l’original développé en simple tirage rend moins bien. Je peux essayer de poster la version couleur en commentaire à l’occase, mais je préfère la noir et blanc, définitivement !
30 juillet 2008 à 17:33
Boudiou, j’avais pris du retard, heureusement que je l’ai rattrapé. Non seulement la photo est à tomber, mais en plus tu parles à merveiile du pourquoi du comment (et pas que de la scoliose), de l’avant et de l’après, en des termes qui font triper même quelqu’un qui ne fait que de grossiers pixels avec son portable. Walou
31 juillet 2008 à 9:31
Merci pour tes gentils mots, content que ça te plaise !
25 août 2008 à 10:47
[...] À la demande générale conjointe de Myoo et Silphi [et même si perso je préfère la version noir et blanc] : [...]