35 minutes c’est court, mais ça suffit pour comprendre que l’excellente impression qu’avait laissé leur Fractured Life en septembre était fondée. D’entrée de jeu, Air Traffic s’approprie la salle avec Just Abuse Me et enfonce le clou sur Get In Line. Rêveur sur les percus militaires de No More Running Away, le chanteur Chris Wall s’attire toutes les attentions pendant Charlotte en se tordant sur son clavier dans la plus pure tradition des Matthew Bellamy ou Tom Smith. Bonne ambiance, bonne exécution, beaucoup de présence. La meute de groupies anglaises massée au premier rang est aux anges. Le premier single, Shooting Star, clôt le mini-set dans une effusion explosive, Wall en rajoutant comme il faut pour accentuer tout le drame du final. Air Traffic libère le parquet en jurant vouloir revenir. Ça serait bien, oui. Avec de la chance, ceux-là deviendront aussi gros que Snow Patrol ou Coldplay. Profitons-en avant qu’ils deviennent aussi chiants.
1 Je sais, je sais, les vraies premières parties s’appelaient Pony Express et Coco, mais je voulais souligner là que les bagels de la Flèche d’Or, quoique petits, valent le détour.
Curiosité du moment pour beaucoup ― mais pas pour tout le monde, puisque étrangement la moitié de la salle est partie après les Dodoz ―, le frère, la sœur et leur batteur en forme de Kurt Cobain juvénile débarquent sur scène pour livrer un set bien plus mou que leur Bang Bang Boom Cake. Pas qu’on leur en veuille pour autant : à 11 et 13 ans, quand on commence juste à tourner en dehors de New York et qu’on se tape sa première date parisienne, on a le droit d’avoir le trac. Les quelques pains d’Ivan et la tendance d’Ada à laisser partir sa voix ici et là dans un trip École des fans sont à mettre sur le compte de leur âges. Même si l’interprétation est là, faut qu’ils mûrissent, qu’ils gagnent en présence. Heureusement d’ailleurs, parce que s’ils étaient déjà au top, tout ça n’aurait plus trop d’intérêt. Les Petits Maîtres méritent qu’on reviennent pour voir comment tout ça évolue, et je reviendrai.
C’est rauque, abrasif, tendu, sourd, ça tourne autour d’une Liela Moss exaltée et magnétique, ça souffre d’un son chaotique au début à cause d’un violent retard qui les a empêché de faire leurs balances mais, quand ça en vient à enchaîner Cuts Across The Land et Love Is An Unfamiliar Name, ça se met à gronder sauvagement dans un déluge tribal et ça envoie grave des baffes. Miam.
Aller à Londres c’est se choper de l’Hard-Fi dans la tête à la vue du premier « CCTV operating » de la journée. Aller à Londres c’est tomber nez à nez avec KT Tunstall à l’HMV du coin, reprenant The Drugs Don’t Work en acoustique pour une poignée de fans massés au milieu du rayon metal. Aller à Londres c’est dormir, boire du thé, faire ce pour quoi on est venu et repasser devant le même HMV quatre heures plus tard, où ce coup-ci The Feeling Sewn en chœur pour à peine plus de gens que le matin.
Mais aller à Londres, c’est aussi passer devant des rayons entiers de Q Magazine, de Kerrang! et du NME qui partent comme des petits pains sans ― trop de ― concession. Aller à Londres c’est trouver des Wombats en couverture appelant leurs fans à se pointer en costard à leur Royal Albert Hall du 23 mai, des tonnes de pages affichant des litanies de pubs de concerts déjà complets et des affiches de festival super-chers où les kids se rueront quand même parce qu’ils sont rocks en 2008. Aller à Londres, c’est voir des Jack Johnson disputer la tête des ventes à Michael Jackon et Nickelback1. Aller à Londres, c’est errer dans de kilomètres de rayons CD qui se vendent. Aller à Londres, c’est voir des tonnes de petits groupes fourguer des centaines de milliers d’albums grâce à un seul single quand en France, on se gausse sur le succès de The Dø qui a déjà réussi à en vendre au moins 10 000, si c’est pas 15 000, sors le champagne Patrick. Aller à Londres, c’est croiser des mecs sortant de chez Topman avec des sacs flanqués de slogans « Topman official sponsor of the NME awards 2008 » sans pouvoir imaginer une seconde Celio s’associant à Rock & Folk. Allez à Londres, c’est surtout se demander ce qu’on a bien pu faire au Ciel pour que le châtiment divin nous inflige Indochine, AqME, Plasticines et Superbus.
En résumé, aller à Londres c’est comme aller chez ce copain super-gâté qui a toute la collection de GI Joe pendant que toi, tu joues avec des boîtes de conserve.
1 Avant de rire du manque de goût chronique des Anglais, n’oublions pas que pendant ce temps-là, en France, le même duel à trois voit s’affronter Cali, Bernard Lavilliers et Cristophe Maé.
Je sais bien que le dernier épisode date, mais il faut bien réactiver ses séries de temps en temps, et ne surtout pas résister à l’envie de se mettre en guise de bande-son un morceau pas entendu depuis 8 ans.
Vu que c’est la journée de l’amour mercantile universel, j’en profite pour encenser la multitude de mes fans qui se sont cotisés pour m’offrir cette fresque à ma gloire sur le rideau de la boulangerie. Si, vraiment, je suis touché et quand je passe devant tous les soirs je pense bien à vous, les lecteurs du Internet.
Merci, les gros. Amour, paix et des fraises Tagada aussi.
Ça me donne des idées de Photo Académie ou les téléspectateurs voteraient pour éliminer les plus moches, un programme qui serait bien plus facile à regarder que nos télé-crochets modernes, tant il est vrai qu’une photo, au moins, ça ne braille chante pas.