Autodiscobiographie #16.

Joe Satriani ― The Extremist

#26
Label :
Epic
Sortie : 21 juillet 1992
Producteur : Joe Satriani, Andy Johns, John Cuniberti

En vrai, sur la cassette de Sepultura que le Lacaille m’avait filé1 figurait en Face B cet album à l’opposé de l’autre, aussi fignolé et lisse que Chaos AD pouvait être rèche et sauvage. The Extremist. Une montagne de guitare instrumentale pompeuse et stratosphérique, taillée pour accompagner des films de bagnoles ou d’avions, ou n’importe quel autre monde étrange dans lequel peut se projeter un mec de 15 ans. Joe Satriani, derrière son nom de pizzaïolo2, est surtout l’un des meilleurs guitaristes vivants, amené à la guitare par la mort d’Hendrix et prof de mecs comme Steve Vaï ou Kirk Hammett (Metallica). À l’époque la légende raconte que le mec joue tellement de notes à la seconde que les tablatures de ses morceaux ne montrent que de grossiers paquets de chiffres agglomérés en pâtés3. Épatant.

Quatrième album d’un gratteux pareil, The Extremist c’est forcément du lourd4. Tour à tour aérien, déchiré, intime ou la tête dans le vent, c’est une bande-son que l’on peut mettre à toutes les sauces, de la dépression solitaire à l’hystérie collective. Son ouverture dans un Friends pompeux à souhaits, grandiloquent et vaste, place un hymne galvanisant qui tire vers le haut. Why me revoit toujours au fond d’un bus, quelque part sur la route qui mène de Bath à un ensemble de grottes quelconques, déprimant devant la morne campagne du Somerset qui défile sous la bruine. Des Cryin’ ou Tears In The Rain, me replongent plutôt dans tout un tas de soirées solitaires, la gueule dans la nuit à réfléchir à des sujets grave comme ce que peut bien penser la fille du dortoir d’à côté ou quel sera le meilleur moment pour commencer la dissertation d’histoire que je dois rendre le lendemain. À l’inverse, les cordes cristallines de Rubina’s blue Sky Happiness vont plutôt chercher vers des après-midis de légère insouciance, passés à débattre de sujets de fond comme, bien entendus, les indices de ce que peut bien penser la fille du dortoir d’à côté ou quel est le meilleur moment pour commencer une dissert’ d’histoire devant être rendue le lendemain ; mais aussi des controverses plus universelles comme qui est le plus fort entre Slash et Lars Ulrich, est-on plus rock en 1993 avec des doc 14 trous qu’avec des 11 et si embrasser sans la langue ça veut dire qu’on sort ensemble. Quant à Motorcycle Driver et ses riffs en ronflements de moteur, j’en ai fait fumer la 205 de joie.

Puisque c’est un album instrumental, doublé d’une polyvalence atmosphérique l’adaptant à toute situation, The Extremist colle à tous les moments et tous les lieux. Enfin, collait, bien sûr, parce que malgré tout ses grosses guitares fignolées, lissées et résonnantes, encore marquée d’années 80 au métal suant, font quelque peu taches dans l’époque garage faussement brouillonne dans laquelle la fin des années 1990 nous a laissés : après avoir loupé Satch5 en 19936, je cherche à soigner ma frustration un 20 octobre 2004 à Ann Arbor. Pour m’être pointé en retard au Michigan Theater, je ressors de là sans photo, après deux heures passées assis au milieu d’un public impassible, à mater un Satriani au crâne rasé dérouler son show sans une once de flamme. Les rockeux, comme Samson, concentrent toute leur énergie dans leurs cheveux. Leurs doigts ne font que canaliser le trop-plein. Reste que The Extremist mérite la visite rapide d’une oreille émue, en l’honneur du dernier poilu.

1 Cf. ADB n0 15.

2 C’est Risoli qui l’avait surnommé comme ça au Millionnaire, j’avais été super-choqué.

3 Légende que je n’ai par ailleurs jamais vérifiée.

4 Surfing With The Alien en 1987 était pas mal non plus dans le genre, mais je ne l’apprendrai que plus tard.

5 Les fans de Satriani, qui sont des mecs cools et très rock n’rolls ― quoique portant des Converse 3 trous ― le surnomment affectueusement Satch.

6 Après Depeche Mode (ADB n0 1) et avant les White Stripes (ADB n0 x), l’un de mes plus gros regrets rock n’roll sera d’avoir fait le concert de Deep Purple du 13 octobre 1993 alors que, dix jours plus tard, Blackmore et Gillian se foutait une fois de plus sur la gueule, Blackmore se barrait et Satriani était appelé à la rescousse pour assurer l’intérim jusqu’à la fin de la tournée.

Extraits

  • #1 - Friends
  • #5 – Rubina’s Blue Sky Happiness
  • #7 – Tears In The Rain
  • #8 – Why
  • #9 – Motorcycle Driver

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10 réponses à to “Autodiscobiographie #16.”

  1. PollyMagoo écrit :

    Je m’apprêtais à planter mes belles canines pleines de moqueries (comme Fogiel et sa hyène) sur Satriani et puis j’ai bloqué sur Tears in the Rain (bien entendu tout piqué à November Rain). Mais je ne l’avouerai jamais sous la torture, jamais on ne me fera dire que j’ai bien aimé un morceau de Satriani (un tricoteux comme on dit par ici). Ah bah zut je viens de le faire. Chut, hein.

  2. dpc écrit :

    Héhé.

    Alors déjà, quand même, le fait que tu aies écouté avant de critiquer t’honore. Ensuite, hé, j’étais jeune, naïf, insouciant et facilement maléable, on ne peut donc m’en vouloir. D’ailleurs depuis que j’écris cette rubrique, je me sens beaucoup plus indulgent envers les fans de groupes allemands imberbes, pour tout te dire. Moi aussi, j’ai été comme eux [pas imberbe, hein, naïf].

    Et s’il te plaît, allez, tu veux bien m’expliquer le sens de « tricoteux » ? Je suis super curieux d’apprendre un nouveau chouette mot.

  3. ZPat écrit :

    Satriani a déjà mis des paroles sur un de ses morceaux??

    ["pas imberbe"... allons allons allons]

  4. PollyMagoo écrit :

    Alors, "tricoteux" (attention je chausse mes lunettes demi-lunes, je mets en vitesse un tailleur et me dessine des rides toutes crispées autour des lèvres), je ne pense pas qu’il existe, ce mot-là, dans un dictionnaire, même pas dans un dico patois (le vrai, le seul, l’unique : celui du Nord, le ch’ti), malgré la suffixation en "eux" dont il s’inspire. En fait, c’est juste une invention d’un groupe de copains, musiciens à leurs heures (plus portés guitares style My Bloody Valentine, pour le dire vite) pour désigner les Guitar Heros. Parce que dans leurs solos interminables on dirait qu’ils tricotent avec leurs cordes.
    Maintenant à toi de m’expliquer "Pleutres" (écrit sur mon blog *pause pub du jour*). Oui bon j’ai bien compris que c’était pas gentil gentil, mais pas gentil comment exactement?

  5. dpc écrit :

    ZPat> Oui pourquoi ?

    PollyMagooo> Waw, tu fais super bien la super-nanie. À part que le patois du Nord est pas le seul du monde, hein. Quoiqu’il en soit, merci pour ce nouveau mot, il me resservira :)

    Alors d’après le dico, un « pleutre » est un homme sans dignité et sans courage. Ça calme comme insulte, non ?

  6. PollyMagoo écrit :

    waouh, ça aussi je m’en reservirai, amis de la langue bonsoir.

  7. Billy HP écrit :

    Je fous un comment ici pour faire remarquer que le dernier autobiodisquoécolopoliticographie date carrément…

    signé,
    Un fan

  8. dpc écrit :

    Héhéhéh. Oui je sais, ça date. Je suis pris d’une crampe écrivaine d’une rare intensité, provoquée en partie par l’importance du prochain disque. Faut que je m’y remette, et vite.

  9. Billy HP écrit :

    Le plus tôt sera le mieux. C’est dit.

    Quant aux crampes, (je sais c’est facile) il faut les tirer me dit on.

    (je m’auto conspue)

  10. dpc écrit :

    J’y pense tous les jours à continuer, promis. Il me faut un déclic.

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