Autobiodiscographie #13.
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Aerosmith ― Get A Grip#21 |
Ça doit être à travers la radio à l’orée de l’été 1993. C’est Cryin’ que j’ai entendu en premier. Certain. Cryin’ au collège c’est la frime incrustée, LE CD single à avoir dans ton mange-disque si tu veux que la Fanny se laisse embrasser avec la langue, LE clip romantique où Alicia Silverstone fait des tours de circuit avec son gros lui palpant le tété de sa glabre main, chacun tatoués d’une moitié du même cœur, avant de sauter d’un pont en faisant des fucks comme une vrai rebelle à chemise à carreaux. Pas besoin de plus pour aller copier chez une copine la cassette dont est tiré le morceau, un truc nommé Get A Grip, avec un pis de vache lui aussi super-rebelle puisqu’il est tout percé1.
Get A Grip est accrocheur dès son entame monstrueuse sur Eat The Rich et tout aussi efficace sur des Walk On Down, des Fever (bande-son de 205 junior ça, je m’y revois, tiens, écumant fièrement la départementale 989 à fond de 4e, le lecteur de cassette au taquet et la tête au vent à 90 sulfureux kilomètres à l’heure), des Get A Grip et des Line Up, se danse en hurlant sur un à-moitié-bien nommé Shut Up And Dance, mais marque surtout des points dans les radios djeunes avec Cryin’, donc, surtout dans les couches de la population les plus intéressées par l’embrassade avec la langue. L’autre single qu’on entendra en France, Crazy, marchera nettement moins bien, même si son écoute me replonge intensément dans de langoureux après-midis d’été vautrés dans l’herbe où les grandes vacances faisaient plus de trois jours, aaaah voilà ma folle jeunesse tristement fanée. Les vrais ballades, pour leur part, resteront cantonnées sur l’album : Livin’ On The Edge, puissante comptine déchirante et sur-orchestrée et Amazing, plus sage et intimiste. Comme celles des Guns N’Roses, ce genre de compo lente et intense où le beau chanteur (à grande bouche) épanche sa souffrance intrinsèque sur fond de grands orchestres et de soli déchirés du beau guitariste (à grande bouche) aidera la démocratisation du hard rock aux chevelures savamment négligées (et grande bouche) auprès de ceux qui écoutaient Bob Marley, Michael Jackson, Ace Of Base, Snow2 et Corona sur Fun Radio.
Guns N’Roses, donc. Guns N’Roses qui, d’ailleurs, après avoir marché sur les traces des Aerosmith en question (musicalement parlant, mais aussi toxiquement) et avoir fait leurs premières parties à la fin des années 80, vont leur servir de modèles pour rajeunir leur public. Outre les ballades en légion, Get A Grip jouit ainsi de titres énervés faciles d’accès servant de terrain de jeu à un Joe Perry aussi inspiré que Slash ― normal, celui-ci s’étant inspiré de celui-là ― et les traces de pistolets et de roses s’y ressentent un peu partout sur l’album, si vous me croyez pas écoutez donc à la suite Can’t Stop Messin’ sur Get A Grip et Bad Apples sur Use Your Illusion I, par ailleurs sur le même label, vous verrez bien. Pour sceller ― et étendre au-delà des États-Unis ― le retour au succès entériné avec Pump en 1989, Aerosmith mettra toutes les chances de son côté : album actuel dans l’intro duquel on place une savante pincée du riff du Walk This Way qui les sauva du chômage en 1984 pour apprendre aux jeunes que oui, le tube de Run DMC, c’était eux3, et autant d’invités que chez Dick Rivers ou Johnny Hallyday (Don Henley des Eagles, Lenny Kravitz et une ribambelle d’auteurs grammisés). Pour la promo, pas de problème : Aerosmith s’incrustera sur les BO de Last Action Hero et Beavis & Butthead et s’imposera dans Wayne’s World 2, après avoir copiné avec Mike Myers et Dana Carvey dans Saturday Night Live pour un Wayne’s World Theme d’anthologie avec Tom Hanks comme roadie. Au final, Aerosmith va fédérer deux générations autour de leur discographie, moi inclus, tout content de trouver leur 4 premiers LP dans la collec’ de mon père et de m’initier à des Dream On (dont la version la plus mortelle reste celle-là, qu’Hard Force Magazine m’avait filé en CD promo cadeau quand je me suis abonné, ils étaient sympa, Hard Force Magazine), Same Old Song And Dance, Train Kept A-Rollin’ ou Mama Kin. Évidemment, je ne serai jamais fan d’Aerosmith, même si ma vénération adolescente des deux Wayne’s World me fait les considérer comme de bons potes. Je ne mettrai jamais une oreille sur l’album suivant et j’en entendrai de moins en moins parler (à part comme tout le monde pour la reprise d’I Don’t Want To Miss A Thing sur la BO d’Armaggeddon où Liv Tyler regarde son père à grande bouche s’estomper dans la neige d’un écran de la Nasa4), mais n’empêche, rien que pour ses ballades, ses grandes bouches et son goût d’été, même si d’aucun diront qu’avec ce truc, Aerosmith s’est vendu5, Get A Grip était fait pour cette époque. Au risque de difficilement y survivre, peut-être, mais c’est une autre histoire.
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1 Notons que la méga-frime de l’époque était d’être en possession de l’album dans son édition limitée à pochette en peau de vache 100% polystyrène véritable. Encore maintenant, j’envie ceux-là.
2 Mais si, vous vous souvenez, Snow c’était ça :
3 Gageons qu’au prochain come-back, leur album démarrera sur un sample de Dream On pour rappeler aux kids que le tube d’Eminem, c’était aussi eux.
4 Notez le symbole, puisque 15 ans auparavant Tyler a effectivement failli finir par s’évanouir dans la coke à force de chercher le ciel.
5 Ce à quoi l’on peut rétorquer que n’ayant jamais été un exemple d’undergroundismeI, on se demande ce qu’aurait bien pu trouver Aerosmith à sacrifier sur l’autel du commercial que celui-ci n’avait déjà pas.
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I En voilà un horrible mot.
Extraits
- #2 - Eat The Rich
- #4 – Fever
- #5 – Livin’ On The Edge
- #9 – Cryin’
- #14 – Amazing
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8 octobre 2007 à 14:50
Ah oui, tiens, je m’en souviens bien de ce disque. Emprunté à la médiathèque et copié illico sur une cassette que j’ai pas mal écoutée.
Et je me rends compte qu’à part cet album et un live des années 70, je ne connais pas très bien Aerosmith… Mais Get a Grip, quel pied ! Je l’écoutais, je crois, en même temps que les premiers albums d’Extreme et en même temps que l’inusable Appetite for Destruction des Guns (plus ancien pourtant, mais que j’ai pour ma part seulement découvert au début des années 90)…
Faut vraiment que je remette la main sur cette cassette d’Aerosmith. Tu m’as donné envie de réécouter cet album…
9 octobre 2007 à 9:18
C’est vrai que c’était un gros pied cet album, mais curieusement il ne dura pas, c’est pas le genre que tu réécoutes 15 ans après. Un disque instantané un peu, pas réellement fait pour survivre à long terme.
Question discographie aérosmithienne, je suis pas réellement calé non plus, à part la découverte de ce qui traînait dans les disques de mon père. Je crois que Get A Grip reste ce que j’ai préféré chez eux, tiens.
Extreme, ça c’est un groupe que je n’ai pas écouté. Pas eu l’occasion, à part évidemment More Than Words qui passa en boucle.
9 octobre 2007 à 10:43
En fait, j’ai vraiment beaucoup aimé Extreme… Et pas tant que ça l’inévitable More Than Words (joli morceau toutefois). Leurs albums ont malheureusement un peu vieillis, surtout le plus renommé : Pornograffiti où ils inventent leur hard rock matiné de funk. Le dernier, Waiting for the Punchline, vieillit mieux. Il y a un son qui parfois, rappelle les Red Hot. Il y a aussi le grandiloquent Three Sides to Every Story, où subsistent quelques titres extrêmement dansants et mélodiques (Rest In Peace ou Our Father par exemple), où les morceaux acoustiques côtoie des morceaux plus électriques, le tout restant très harmonieux.
9 octobre 2007 à 11:54
Le heavey metal viellit souvent mal en fait, je ne comprends pas pourquoi. Je vais jeter une oreille à tout ça pour soigner ma culture, merci pour tes tuyaux :)