1 Puisqu’Icky Thump n’en finit pas de ne pas fuir sur Internet, à 3 semaines à peine de la sortie de l’album (ce qui constitue un réel exploit moderne), rabattons-nous sur les vieux trucs en attendant.
#16 Label : Mercury Sortie : juin 1992 Producteur : Ugly Kid Joe, Mark Dodson, Michael Dodson, Ryan Dorn
Le 28 octobre 1992 marque le début d’une nouvelle ère cinématographique qui va chambouler l’ordre mondial. On ne le sait pas encore mais, tout comme il y eut un avant et un après le cinéma parlant, tout comme il y eut un avant et un après le cinéma en couleur, il y aura définitivement un avant et un après le cinéma de Wayne’s World.
Autour de la sortie du film surgit le clip d’un groupe jamais vu jusque là, rigolant grassement en short sur une plage californienne. Everything About You est partout, Ugly Kid Joe se fait aussitôt un nom en apportant à ceux qui ne l’avaient jamais entendue ― moi le premier ― la vision américaine du hard rock, mais dans un look plus fidèle aux naissantes années 1990. Leurs longs cheveux et leurs shorts sont grunge ― mais sans carreau ―, l’ambiance de plage, soleil, bière et skate plutôt punk-rock, mais leur musique copie sagement les standards du hard rock américain gras, gros et hirsute, en y adjoignant un humour paillard, imbibé de molards et de morve, plein de gros mots sur fond de solos de 6-cordes furieux. Pendant que les filles s’entichent plutôt de la reprise d’Harry Chapin, Cats In The Cradle, qui sera au final le plus gros succès de l’album, nous adoptons Everything About You, évidemment, mais aussi Madman et son intro de mitraillette à Disneyland ― « Happiest place in the world, ’til the madman raped a girl » ―, Panhandlin’ Prince, sale et méchant ; Neighbor, entrée en matière comme un écho puérile de Welcome To The Jungle ; Don’t Go, immédiat et bien foutu et I’ll Keep Tryin’, sur lequel je me tourne des clips les soirs de Seconde. Même si je n’achèterai jamais l’album, America’s Least Wanted devient un classique de nos soirées. On y trouve tous les derniers clichés du hard rock : Voix d’outre-tombe entamant le funky-wawa-métal de Same Side, intros en guitares gregre1, solos à mille doigts2, breaks lumineux et basse organique à la Guns N’Roses. L’album, à travers son single, est une pertinente introduction à Wayne’s World ― où Everything About You passe chez Stan Mikita’s Donuts ― puisque le film s’inspire de ce hard rock-là à grands renforts d’Aerosmith, de Cinderella et de Black Sabbath. Ce même hard rock qui, mis à part le Keep The Faith de Bon Jovi et le Get A Grip d’Aerosmith, va se viander l’année suivante, mondialement supplanté par le grunge, puis la fusion, puis le punk-rock, puis le néo-métal. Ugly Kid Joe ne survivra pas à la transition3 : Menace To Sobriety décevant en 1995, Motel California anecdotique en 19964, les métalleux dégueux finissent dans la poubelle de leur label en 1997 avant un passage à la déchiqueteuse du best-of en 2002. Je me demande où seront Tokio Hotel en 2017, tiens.
Extraits
Neighbor
Panhandlin’ Prince
Cats In The Cradle
I’ll Keep Tryin’
Everything About You
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1 J’ai rien trouvé de mieux pour les décrire. Pour se faire une idée, écouter Panhandlin’ Prince.
2 C’est la journée des néologismes musicaux aujourd’hui, dites donc.
3 Pas plus que son ancêtre mais néanmoins ersatz Green Jellÿ, soudainement promu par MTV après le succès d’Ugly Kid Joe mais dont le Cereal Killer Soundtrack file directement de la quat’ de couv’ de Hard Force Magazine aux magasins de disques d’occases.
4 Mais que pardon mais alors le trip de répondeur insultant qui figure dessus, Rage Against The Answering Machine, que ça c’est un titre qu’il est bien trouvé, Roger.
#15
Label : Epic Sortie : 29 octobre 1992 Producteur : Bruce Fairbairn
Sainte idée cette année-là pour Epic que de sortir un live d’AC/DC. Mieux qu’un best-of, puisque son gros son colle plus à l’époque que leurs albums vieux de 15 ans, Live est surtout l’occasion d’imposer Highway To Hell sur toutes les radios et télés, le rendant inévitable pour tout ceux qui ont loupé l’épisode précédent en 1979. Fin 1992, Il devient impossible de passer à côté d’Angus Young, grenouille sauteuse lacérant sa Gibson SG en flammes, ni de Brian Johnson, son chanteur à casquette et voix de canard ultrasonique t’invitant à aller voir en Enfer si Satan y est. Nous qui débarquons tout juste dans le hard-rock, on se prend une bonne baffe en forme de leçon d’histoire. Le CD, c’est mon père qui l’achète à la montagne en février 19931. Pas étonnant, je retrouverai plus tard dans ses vinyls If You Want Blood, Dirty Deeds Done Dirt Cheap et Powerage. Pour l’heure, je découvre les cloches d’Hells Bells et je braille des Back In Black, dont j’apprends qu’il est tiré du premier album enregistré après la mort du premier chanteur, Bon Scott, un mec rock n’roll qui s’est étouffé dans son vomi la veille de mon 2e anniversaire, trop cool2 ! Live est puissant, bien enregistré, bien méchant et ce dès son intro en chants de fouteballe couverts par l’entame épileptique de Thunderstruck dansant sur des chœurs infernaux. Le pied, Thunderstruck. J’apprends son intro à la guitare au printemps, alors que Live tourne en boucle dans la caravane du Bardy, celle qu’on squatte dès qu’on peut. Aussi facile à jouer que Nothing Else Matter3, le bordel. À moi le succès, le pognon, la coke et les putes.
1993 et les événement de l’été4 passant, je lâche quand même AC/DC pour deux raisons :
Même s’il s’est formé que 2 ans avant Maiden, à l’époque AC/DC sent le groupe de vieux alors que Maiden, non. C’est sûrement dû à la casquette de Johnson. Ou aux visuels, peut-être. Ou au fait que les mecs qui se baladent avec des dossards AC/DC sont souvent de gros beaufs.
Question gros beaufs, justement, je tombe sur leur chef le jour de l’entrée à l’internat du lycée. Lui, c’est le pire que la terre ait porté, que même Strip-tease en voudrait pas. Débarquant de la banlieue de Carignan sur sa mobylette qui fait du 115 ― et que seul son chien peut rattraper, sic ― avec un perfecto en imitation skaï sur lequel il a écrit au typex « FAI T S MOI UN CALIN SI TU M’AIMES », sortant de son pif des trucs de la taille d’une toile de tente pendant les cours de TSA, amateur de baston à la batte de base-ball en plastique les soirs de bal dans toute l’Ardenne-Est, vain dragueur de tout ce qui se promène avec des seins dans le lycée et au-delà, il ne délaisse Living On My Own que pour écouter son double CD du Live d’« Ââcédééçéé » des soirs durant. Étrangement, je laisse tomber le mien de suite.
AC/DC reviendra quand même chez moi en passant par la fenêtre quatre fois : la première à 18 ans, quand je mets Whole Lotta Rosie en ouverture de la première cassette de ma 205 junior ― on est un vrai punk ou on ne l’est pas ― pour aller écraser des grands-mères le cheveux court au vent. La deuxième à l’orée du Stade de France du 22 juin 2001, quand Zégut décide d’égréner les semaines qui l’en rapprochent en en balourdant chaque mercredi dans Zikweb un morceau qu’on s’écoute au taquet, à la grande joie de mon voisin de palier. La troisième quand, à la même époque, je ressors Highway To Hell du grenier tous les 15 jours pour la passer à la boum sur les coups de 2g30 du matin, quand la piste s’est assez vidée ― et nous assez emplis ― pour qu’on puisse taper un concours de guitare en carton sur la scène du chapiteau devant un parterre de groupies avinées. La quatrième enfin, à l’été 2002, quand le mec qui nous emmène, Copain et moi, bosser à Grevenmacher tous les jours se l’écoute en boucle dans sa voiture. C’est ça mon dernier souvenir de Live : un grand sentiment de lassitude annoncée trompée à grands coups de headbanging sur fond de campagne luxembourgeoise qui défile à 180 km/h. Ce n’en est pas moins un disque majeur : c’est grâce à lui que nous, les kids des années 90, on a pu comprendre qu’en plus d’avoir existé, les années 70 elles étaient cools.
Extraits
Thunderstruck
Shoot To Thrill
Hells Bells
Whole Lotta Rosie
Highway To Hell
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1 Dans un supermarché où la radio passait Sleeping Satellite de Tasmin Archer. Y a des souvenirs, des fois, on se demande vraiment pourquoi on les retient.
2 Remercions pour cette information le calendrier 1993 d’Hard Force Magazine, un outil bien utile aux commémorations poliues de toutes sortes.
3 Enfin, à la même vitesse que Julien Lambroschini reprenant Ten Years After dans Le périle jeune, tout du moins.
L’excitation est palpable, mais le moment est-il historique ? Par définition ça craint, les reformations. Ça en revient habituellement à des bandes de vieux sur le retour cherchant à se refaire en s’auto-singeant devant un parterre d’autres vieux en quête des eux-mêmes qu’il furent. En plus Corgan n’a même pas réussi à remeuter ni Iha, D’Arcy, pas plus qu’Auf Der Maur, dans l’histoire. Ce sera lui et Chamberlain, point. Devant le Grand Rex, gros Thom m’enfourne son Ipod plein de Tarantula pour me mettre dans le bain. Accroche directe. Plutôt vaillant, le mort-vivant. Alors qu’autour de moi on parle de concerts de 3 h, un truc qui n’arrive plus jamais de nos jours, insidieusement monte la curiosité, vivifiée par une demi-heure d’attente dans la pénombre funèbre du requiem monotone qui baigne la scène. Et puis plus rien.
[Et c'est à ce moment que de question il ne fut plus.]
Chamberlain débarque le premier. Corgan ensuite. Déguisé en Grand Strateger tibétain, Docs albinos aux pieds. Autour d’eux Jeff Schroede (ex-The Lassie Foundation), assorti au chanteur et Ginger Reyes (ex-Halo Friendlies) en bassiste trash de service. Le Grand Rex se lève d’un bon. Sur fond de stromboscopes, les Smashing Pumpkins attaquent dans un impossible noir et blanc coloré un United States industriel et étiré au possible, d’entrée de jeu intense et haletant jusqu’à la fin. Puis Today, mortel. Avant un Stand Inside Your Love spatial trempé dans le fuchsia. Pas de reformation débile, non, pas le retour du groupe en lui-même non plus, mais plutôt la résurgence de l’inspiration d’un mentor puisant sa créativité dans la résurrection du projet de sa vie. Enterré, Zwan. Oublié, le solo électro-laborieux. Virés manu-securitari1, les photographes. La fin de la soirée, je la suis par téléphone. Set acoustique en solo au milieu. Reprise de The End. Rappels en pagaille. Trois heures de show. Les coups de fils extatiques s’enchaînent dès la sortie. Le concert de l’année, que ceux qui m’appellent ont tour à tour rêvé, espéré, attendu puis finalement vécu. Mes trois titres, eux, auront suffit a réveiller un truc en moi, une flamme enterrée depuis longtemps, quelque chose qui me rend solidaire de leur excitation. Parce qu’après tout moi aussi, j’ai grandi dans les années 90.
Ah oui, sinon Dieu inventa Tutubes et il vit que cela était bon. Enjouissez.
La salle est complète et à moitié vide, ils se sont tous massés au pied de la scène, aggloméré comme du café sous vide. Certains ont attendus tout l’après-midi, ce qui n’est rien parce que « pour Tokio Hotel, on avait campé devant le Zénith pendant 3 jours ». Débarque le groupe. Hystérie. À la poubelle, Tokio Hotel. La prestation est honnête, ça saute sur place en braillant, la salle répond encore plus fort, l’album n’est pas encore sorti que déjà, tout le monde connaît toutes les paroles en allemand par cœur et accueille chaque morceau comme un hit mondial. « I jetaime you all », qu’il dit, l’autre. S’il y avait pas les barrières il se ferait violer sur place. Final violent, solo de batterie épatant quand on voit l’âge du batteur, rappel en medley de reprises de Blur, Greenday et des Ramones, KillerPilze se barre alors que la Boule Noire s’arrache ses serviettes, ses bouteilles d’eau et ses rognures d’ongles. Retour à la normale. Sur une double conclusion : le rock a de l’avenir et, plus étonnant, l’allemand LV1 aussi.
/EDIT: J’apprends à l’instant 2 trucs super-géniaux coup sur coup :
Ma liste allant, je réalise qu’on y trouve deux types d’albums : ceux sur lesquels on passe et ceux qui mènent vraiment ailleurs. Comme dans Sonic, où l’on engrange les anneaux1 qui te filent des vies en plus, mais où l’important, ce qui permet vraiment de passer une étape, c’est le lampadaire rouge.
Dans ma liste figure tout un tas de lampadaires rouges. Et encore plus d’anneaux. Metallica, c’est l’anneau typique. Vite rencontré, vite écouté, vite oublié. Premier contact sur Nothing Else Matter, évidemment, le slow le plus implacable du coin à l’époque, jouant à armes égales avec un Don’t Cry, un One2 ou un Heal The World3. Le deuxième sur Enter Sandman, première piste de l’album (dans laquelle c’est le fils de Bob Rock qui récite la comptine du break, un hasard de studio), morceau d’attaque incapable de faire regretter son achat. Au delà de ça, passé la petite perle The Unforgiven et son intro de camion fou, la ligne de basse frissonnante de My Friends Of Misery ― composé à l’origine comme un instru, et qui aurait au final mieux fait de le rester ― et la charge d’assaut de Holier Than You, Metallica trouve vite ses limites. Surtout maintenant. À l’époque ça passe encore, je deviens métal, mes potes le sont déjà, Metallica a baissé le rythme de ses premiers efforts et capte une audience plus large ; le rythme lourd et lancinant qui en découle nous va à merveille [mis à part les puristes qui, évidemment, fustigent quiconque se hasarderait à apprécier leurs ballades]. Mais ça ne durera pas. Passé 1994 je ne retiendrai plus un titre de Metallica dans mes classements annuels. Pendant ce temps, ils se coupent les cheveux, nous emmerdent à coup de Load et de Reload, font un album symphonique vaguement intéressant en 1999, se ridiculisent en 2000 dans l’affaire Napster et viennent pleurnicher chez le psy en 2004 dans Metallica: Some Kind Of Monster.
Bien avant tout ça, quelque semaines à peine après Metallica, Metallica m’en rajoute une couche dans cette cassette de Ride The Lightning4 que se refile toute la bande. S’il est bien loin de pouvoir se vendre à 15 millions d’un[nanim]ités, Ride The Lightning contribue grandement au développement de la grande mode des doigts à cornes et des « beuaaaaarh » bestiaux qui envahissent les couloirs du collège [sauf pour ceux qui n'ont pas encore mué5]. Metallica y6 apparaît plus jeune, bien plus brut[e] et surtout bien plus poilu. On retombe en 1984, à une époque où le thrash de la baie de San Francisco commence à beugler au-delà du Golden Gate grâce à des Fight Fire With Fire ― tout en cliché, de son intro à la guitare acoustique à la con jusqu’à son final d’explosion atomique ―, Fade To Black, l’ancêtre lunatique de The Unforgiven, Ride The Lightning, For Whom The Bell Tolls ― avec Hells Bells, l’autre titre à cloche qui décrasse ― et Creeping Death. L’album est bestial, il souffre d’une production affreuse [on a vraiment l'impression qu'Hetfield gueulait tellement fort qu'ils ont dû le laisser sur le parking] mais là où Slayer, Death, Morbid Angel, Obituary et le Sepultura de l’époque ont échoué, il arrive à me faire apprécier le monde merveilleux du poil en touffes, de la corde de gratte carbonisée, de la double-pédale massacrée et des textes poétiques me cantant ma mort prochaine sur une chaise électrique, une hache wisigoth plantée dans le crâne cependant que Cthulhu, lui, ça le fait marrer. Ride The Lightning sera à l’origine de mes premiers headbangages [et de leur torticolis associés] mais restera mon seul album de ce genre, ceux qui suivront étant bien plus enracinés dans un métal plus classique. Je ne passerai même pas plus de deux minutes sur Masters Of Puppets, tiens, malgré tout le bien qu’on en dit. Metallica me passe comme les Crados quelques années plus tôt. En fait, le thrash metal c’est comme le tuning, ça disparaît avec l’acné. Sauf en Norvège, bien sûr7.
Extraits
Metallica
Enter Sandman
The Unforgiven
Wherever I May Roam
Nothing Else Matters
My Friends Of Misery
Ride The Lightning
Fight Fire With Fire
For Whom The Bell Tolls
Fade To Black
Creeping Death
The Call Of Ktulu
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1 Et quand on se fait toucher par un hérisson nucléaire, Sonic perd ses anneaux dans une vaste hémorragie dorée. Sonic, c’est le Saigneur des Anneaux. Haha.
2 De U2, hein, pas de Metallica.
3 Rigolez pas, c’était super groovy-tendance à l’époque.
4 On ne fera pas d’épisode Ride The Lightning, les deux albums étant pour moi trop liés dans le temps pour que j’en parle séparément.
5 Je parle pas de moi, mais d’un pote que je connaissais bien à l’époque. Hum.
6 Pas dans les couloirs du collège, hein, mais sur Ride The Lightning. Je te dis pas l’émeute si Lars Ulrich était venu nous surveiller en perm’, tiens.