Du coup j’ai oublié de signaler que Vox, c’est fini. Le Jérôme Colin nous promettant d’autres trucs à la place dans le futur, on va dire que tout va bien, mais malgré tout ça manquera gravement à mes lundis matins. La vie est dure.
Heureusement, pour nous consoler, Jacques Blanc a décidé de sortir son chouette nouveau single au moment même où Vox s’éteint. Un Icky Thump cahotique et électrique qui range le marimba de Get Behind Me Satan au placard, révélant au passage trois trucs :
Au risque de froisser les plus virulents marimbophiles qui traînent ici1, Jacques Blanc sonne quand même ach’te mieux quand on lui refile une guitare.
En bande-son à écouter, réécouter, apprendre par cœur et se faire mal au cou dessus, on s’en tiendra à la version rippée sur XFM. Si vous voulez mieux vous savez où trouver.
Décalage horaire pas digéré, des flaques de vomi dès l’entrée, 3 malaises évacués pendant la première partie, 60 °C à l’intérieur, une masse chevelue en nage, ta voisine qui regrette d’être venue en tongs, une bouteille vidée dans ton dos, la sécu débordée, un slammeur directement dans ta gueule, tu tiens 2 morceaux et demi avant de t’extraire de là pour te retrouver sur le trottoir, à réaliser que si Houston c’était tout sauf des vacances, Trivium c’était bel et bien la rentrée. Avec baston de première récré à la clé.
#10
Label : EMI Sortie : 12 mai 1992 Producteur : Martin Birch
Je ne sais toujours pas ce qui m’a pris ce soir d’août 1992. Peut-être l’euphorie du frisson de l’interdit, alors que nous nous étions barrés, le Bardy et moi, du camping que ses parents tenaient en bord de Meuse pour aller squatter le salon du Péch’ pendant que sa famille se faisait un resto. Il y avait d’autres potes : son voisin d’en face, ainsi que le mien, peut-être, et le Kujawa. Qui a brandi la cassette ? Aucune idée. Je sais simplement qu’elle a tout changé. Un seul riff ― le tout premier, celui qui ouvre Be Quick Or Be Dead ― aura suffi pour que moi, depuis toujours imperméable au heavy metal, découvrant à peine Nirvana, j’y cède d’un coup, en une seconde. Dans le seul souvenir qui me reste de la soirée ― avant le retour des parents et l’évacuation du Péch’ par une échelle posée sous sa fenêtre pour aller faire les cons en ville jusqu’à l’aube ―, je joue de la guitare en carton sur le solo de (encore) Be Quick Or Be Dead avec un rouleau à poster ; poster que j’envoie valser en me retournant trop vite dans une statue de saint en granit breton qui s’explose aussitôt le nez dans la commode sur laquelle il est posé1.
Be Quick Or Be Dead peut faire l’effet d’une vaste blague dès le cri d’horreur de Dickinson démarrant l’album, mais sans rire, on a rarement vu plus efficace sur un gamin de 14 piges. Fear Of The Dark est une initiation, l’entrée d’un monde dans lequel j’habiterai un peu plus de 5 ans. Même si je vais acquérir ― et écouter en boucle ― n°62 avant d’avoir pu copier la cassette de mon pote, j’y reviendrai vite, mais pas longtemps. Parce que Fear Of The Dark, comme tous les autres albums de Maiden, n’est qu’un prétexte à attendre le concert qui suivra la sortie de l’album, puis le live qui suivra le concert. Passé 1984 et Powerslave, Maiden en studio, c’est moyen. La production est trop étouffante, le son trop feutré, les claviers trop présents. Maiden assure bien mieux en concert, où le son redevient brut et où le public est l’arme de sa propre hystérisation massive. Une fois qu’on a entendu la version live d’un morceau de Maiden, on n’apprécie plus l’original. Pas assez intense, pas assez direct. Jeter l’album au profit du live suivant. Évidemment, les meilleurs titres de Fear Of The Dark, puisqu’ils le sont, reviennent plus forts sur A Real Live One l’année suivante : From Here To Eternity et ses chœurs damnés, la complainte anti-guerre en Irak Afraid To Shoot Strangers, Fear Of The Dark, le final éponyme, depuis hissé au statut d’hymne universel des fans du groupe, et même la ballade mièvre Wasting Love, enregistrée à la grande halle de la Villette le 5 septembre 1992 et réputée pour son intro en français de Dickinson3. J’écoute en boucle, des années durant. Dès sa sortie, A Real Live One envoie Fear Of The Dark tout droit dans l’étagère, avant de l’y suivre quand débarque Live At Donnington. En le ressortant aujourd’hui, je le trouve fade, comme dévitalisé, d’une autre époque. Mais une époque qu’il a déclenché lui-même, et ça c’est pas rien.
Extraits
Be Quick Or Be Dead
From Here To Eternity
Afraid To Shoot Strangers
Judas Be My Guide
Fear Of The Dark
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1 je suis sûr que 15 ans après, la trace de nez se pavane toujours sur cette même commode, quelque part en banlieue lyonnaise.
2 Ahah, quel suspense, on se croirait dans un épisode du Prisonnier, ici, dites donc.
3 « L’amour, c’est n’est pas un homme… fuck… une amie. Ce n’est pas, non. L’amour c’est plus en bas, dans la tête, dans le cœur, dans toute le forme ». Ça se retient mieux qu’une leçon d’allemand, ça, hein.
Le Trabendo est dépeuplé, The Tellers ont reçu un de ces accueils typiques où tout le monde écoute sans bouger, comme si tu passais en concert devant un parterre de cadres de maison de disques. Intimidés, ils ont quitté la scène presque en s’excusant alors que, franchement, ils méritent. Peter Björn et John, eux, débarquent l’air pas bien réveillé, ou alors le même syndrôme opère, on ne sait pas trop, mais il faut 4 ou 5 titres avant que la sauce prenne vraiment à partir d’Amsterdam et Paris 2004. Young Folks, évidemment, remonte l’ambiance un cran au-dessus, Peter saute dans la fosse clairsemée pour siffloter au milieu du public. La suite s’énerve enfin, avec des Peter sauteurs comme à la Maro sur Objects of My Affection, puis moulineurs de bras sur Up Against The Wall, achevé en piétinage de gratte. Le rappel est moins intense, certes, mais bien exécuté, la soirée se finit bien mieux qu’elle n’avait commencé, à tel point que Peter et Björn en invitent tout le monde à les suivre à Bourges pour le concert de ce soir. Ils ont dû se sentir serrés dans le tour-bus, cette nuit, dis donc.
The Film n’a pas changé : toujours aussi sémillant, chaloupé, dansant, complice et entortillé. On regrettera surtout de ne pas avoir eu de morceau du nouvel album prévu pour septembre. Quand vient son tour, Pop Levi épate par sa chemise psychédélique1, allonge les versions de ses morceaux, sature les basses, violente sa batterie et provoque une espèce de transe rock n’roll différente de celle provoquée par The Film mais tout aussi efficace. Si l’affiche promettait, elle a tenu.
En 1992, tous mes potes se sont mis au hard-rock. Slayer, Sepultura, Megadeth et Faith No More circulent autour de moi sans que je picore leurs cassettes. Au lieu de ça, je reste cantonné dans les disques de ma sœur, ainsi que dans quelques erreurs de jeunesse commises courant 1991. « J’aime trop de groupes ». Déjà 5 ou 6, facile. En ajouter compliquerait tout. Le déclic ruinant mes résolutions viendra de la seule radio décente que l’on peut capter dans le coin à l’époque : Skyrock1. Mon entrée dans Nevermind, comme pour les ¾ de la planète pourvus d’oreilles à l’époque, s’y fait à travers Smell Like Teen Spirit, enregistrée sur ma cassete compil’ toujours à l’affût dans le magnétophone de ma piaule, moi l’oreille aux aguets, ma touche Enregistrer prête à bondir à la moindre pression sur Pause. Le morceau est un choc. Sauvage, nerveux, balourdé par une bande de cradingues sautant dans un gymnase dont le chanteur braille manifestement la bouche pleine de yaourt. Cet été-là, je fais découvrir la chose aux parents dans la voiture qui nous emmène en vacances. Échec cuisant. Même son de cloche chez mes potes du collège : Nirvana est catalogué « glam2 ». Dans la même semaine, fin août 1992, je tombe sur l’album n°5, qui me fera un choc plus violent encore. Le single Come As You Are ne me fait ni chaud ni froid, pas plus que le suivant, Lithium. À tout hasard, je copie quand même le Nevermind que mon beau-frère a fait entrer chez moi en venant tripoter ma sœur, puis le range plus ou moins au placard, m’orientant vers ma suite. Je n’y reviendrai qu’en 1994, après In Utero et les événements du 5 avril. tout d’abord conquis par Breed, titre rectiligne et stratosphérique lancé par un Dave Grohl furax, puis Territorial Pissings, de loin mon titre préféré de l’album, sorte de creuset punk en fusion concentré dans 142 secondes chauffées à blancs3. Si Polly4 et Something In The Way font partie de mon décor musical d’alors, je me retrouve plutôt courant 1995 dans la fin de l’album, restée à l’écart des projos et dominée par Stay Away et On A Plain, plus écorché que Lounge Act et Drain You, pour leur part taillés dans la même veine qu’In Bloom : mélodies efficaces, percutantes comme brillantes, mais handicapées par un son trop lisse collant plutôt mal à Nirvana. Cobain s’en plaindra d’ailleurs après coup, tenant le mixage d’Andy Wallace5 pour responsable. In Utero, 2 ans plus tard, présentera un son bien plus rauque, brut, trempé au fond du garage dans des barils de cambouis. Nirvana sous un jour plus vrai. Dans l’autre main6, un Nevermind bénéficiant du même son aurait suivi le chemin de ses prédécesseurs des Pixies, Sonic Youth ou Dinosaur Jr., ou que Gish des Smashing Pumpkins sorti en même temps sur le même label : un album d’initié, vendu à 3 copies et restant au fin fond de l’underground où Nirvana serait resté culte. Cobain n’aurait alors pas succombé à la pression à 27 ans, mais à une overdose quelque années plus tard dans l’anonymat d’un Elliot Smith, baigné d’une aura plus intense mais moins universelle. Au lieu de ― et grâce à ― ça, Nevermind aura su lever un coin de l’ombre sur ces derniers comme on remarque un iceberg à sa partie émergée. Groupes comme fans de rock, beaucoup lui doivent d’avoir ouvert une brèche à travers son implacable single. Smell Like Teen Spirit, un « hit évident » qui, à la différence des autres, reste inusable même après avoir servi des millions de fois de passerelle vers ce monde musical. Passez-le dans une soirée de 2007, vous obtiendrez la même hystérie collective qu’en 1992. Peut-être même plus. Quand on écoute Smell Like Teen Spirit en 2007, on l’aime sans honte dès le début et on singe son solo à la guitare en carton au milieu parce qu’il n’y a plus de jingle NRJ à la fin. En 16 ans, le single a lavé la réputation « commercialo-glam » que (mes) les ayatollahs métalleux lui avaient craché à la gueule. Sans perdre de ses qualités d’hystérisant pour danse-flores. À son image, Nevermind, malgré ses 15 ans, malgré la poussière qu’il emmagasine dans l’étagère où je l’ai posé en 20047, reste aussi actuel qu’un Tokio Hotel. Mais alors bien meilleur.
Extraits
Smell Like Teen Spirit (1992 – N/A)
Breed
Territorial Pissings (1994 – #1)
Stay Away
On A Plain
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1 Et oui, jeune lecteur incrédule. Il fut une époque, bien avant que ton papa et sa maman se mettent la petite graine, où Skyrock diffusa effectivement du rock. Dingue, non ?
2 Chez mes potes d’alors, par un décret du 27 avril 1992, seront considérés comme glam des groupes comme Def Leppard, Bon Jovi, Guns n’Roses et Nirvana, par opposition à de vrais groupes comme Morbid Angel, Napalm Death, Massacra et Death. Le terme signifie pour eux du hard-rock pas assez violent et par trop commercial, bon à laisser aux faux hardosa débarquant du reggae et prenant le train en marche. En y repensant aujourd’hui, je me demande s’ils auraient pas mieux fait de fonder une version thrash metal des Inrocks, mes potes du collège.
3 1er de mon top 20 en 1994. Parce que oui, je suis le genre de mec bizarre en mesure de ressortir 13 ans après son top 20 de 1994.
4 Dont la version de Nervemind reste cependant bien en-deçà de celle enregistrée pour la BBC en novembre 1991 et disponible sur Incesticide.
5 Pourtant producteur de Slayer et Sepultura, donc habitué du gros son qui tâche.
6 Ahahah, vivent les anglicismes.
7 Parce que je ne l’ai acheté qu’en 2004, pour 3$ à Ferndale, Michigan. Une des premières éditions, sans Nameless Endeless planqué à la fin, dont la curieuse particularité est cette bande de caoutchouc qui l’entoure comme une chambre à air de vélo.
8 On y reviendra.
a Ahaha, le vocabulaire de l’époque, toute une histoire.
Damien Rice met sa misère grave de vilain à Arcade Fire, un truc auquel les Inrocks ne se seraient pas attendus. Ce qui est rigolo, c’est que cette domination se retrouve également dans l’intérêt suscité par les drames qui accablent actuellement lesdeux formationsdeux artistes tous ces gens :
14
11
La courteliste :
Ne sachant de quelle gare il est question, je laisserais Ath commenter d’elle-même.
Fumer tue rlututu.
T’as oublié d’ajouter « s’il vous plaît monsieur Gougle », espèce de malpoli.
Alors c’est simple : Matthiew Bellamy était bourré, sous acide et tout enneigé, et là tout à coup, ses potes ne trouvent rien de mieux que de lui filer un piano, un bloc-note et un stylo. La suite tu la subis connais.
Il a dû être déçu en trouvant la réponse, lui.
Pourras-tu aider la maman de Sylvain, le , a retrouver son fil parti se promener sur la banquise ?
Et le dernier en méga-bonus, parce qu’il revient tout le temps mais qu’on s’en lasse pas :
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1 Sûrement sa mère en quête de nouvelles, je parie. 2 La mélodie de la chanson est disponible sur simple demande postale.