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U2 ― Achtung Baby#8 |
Encore un acheté par mon père. Il le passera en boucle1 dans sa Citroën dès sa sortie, ce sera la bande-son de mon premier train seul vers Paris aux vacances de Pâques 1992. Whose Gonna Ride Your Wild Horses, cinquième piste, accompagnera même ma première rupture2 en 1993. Et One, c’est One. Pas besoin de présenter One, tout le monde connaît One. Quant à Love Is Blindness, va savoir pourquoi, il me replonge toujours dans ce vendredi après-midi de seconde ou le Lagerbe3 s’est fait virer de l’internat pour avoir violemment cathédralé4 je-ne-me-souviens-qui. Et l’ouverture Zoo Station, invariablement, me remet sous une douche de samedi matin de 3e avant le cours d’histoire de 10h5. Je ne l’explique pas non plus.
Sorti des titres d’amour rose et joli (One, Whose Gonna Ride Your Wild Horses) ou noirs et funèbres (Love Is Blindness), Achtung Baby laisse filtrer à travers riffs réverbérés et arrangements émergents un romantisme aux atours urbains, comme un vieux béton recouvert de graphes. Sa pochette et son lieu d’enregistrement influent-ils sur la perception de sa musique ? Peut-être. En partie capté dans un studio berlinois, là-même où Bowie travailla avec Eno 15 ans avant, Achtung Baby naît 2 ans après la chute du mur et quelque mois après celle de l’URSS, alors que l’Est s’éveille et que U2, franchissant l’épreuve du renouvellement, revit. Premier album d’un nouveau cycle, Achtung Baby est l’album de la transition critique du U2 des années 80, marqué par l’Amérique et constant dans son style d’un bout à l’autre de la décennie, à celui des années 90, sémillant, grandiloquent, expérimental, né dans la crise et finalement chiant comme la mort. C’est une réussite qui ouvre la porte aux tournée records qui se succéderont de 1991 à aujourd’hui, la première page d’un deuxième chapitre qu’on pressent à l’époque palpitant6. Me le repassant aujourd’hui, je réalise que nous nous sommes perdus d’écoute7 et qu’il m’est maintenant plus étranger que Rattle And Hum, qui pour sa part m’a suivi tout le long du chemin8. Cela ne lui enlève pas pour autant son statut de porte d’entrée sur la discographie du groupe et ses premiers albums. Un passage obligé, comme un hall d’entrée dans lequel on ne restera, au final, pas si longtemps, mais auquel on reste lié.
Extraits
- Zoo Station
- One (1992 – #6)
- Until The End Of The World
- Ultra Violet (Light My Way)
- Love Is Blindness
_____
1 Mon père écoute toujours tout en boucle. Le pire du pire, c’était la grande époque de la cassette single, où l’on pouvait se taper 120 bornes avec à la suite 23 écoutes de Love Song For A Wampire / Little Bird d’Annie Lennox, on dirait du vécu, oui oui ma bonne dame, c’est du vécu.
2 Déposer vos larmes d’émotion sincère ici.
3 Véridique. Ça s’invente pas, comme nom de famille.
4 Cathédraler v. t. (de cathédrale) Dresser subitement et en pleine nuit un lit et son occupant suivant un axe de rotation passant par les deux pieds de tête du lit et parallèle au mur du fond. Voir aussi benner, sa variante latérale.
5 J’avais vraiment une vie de punk rebel de la mort, en ces temps reculés.
6 À l’époque, hein. On a pu depuis voir dans quoi tout ça s’est enlisé.
7 Waw, cette figure de style, c’est la frime.
8 On y reviendra.


Très chouette, cette autobiodiscographie machin truc, non c’est pas ça attend, "autodiscobiographie", c’est bon, j’ai chopé le truc.
(Ah les souvenirs d’internat…)
Oups, je peux rajouter un "s" à "attend"? Je sais que ce site est sponsorisé par Bescherel.
Ce souci de respecter mon sponsor t’honore grandement. Pour ce qui est du nom du bidule, au début c’était une autobiodiscographie, mais finalement j’ai inversé les préfixes pour de sombres histoires d’acronymes. C’est fou.
[J'avais oublié l'histoire du Lagerbe jusqu'à ce que je réécoute Love Is Blindness, en fait. Étrange qualité de tiroir à souvenirs que peuvent avoir les morceaux qu'on écoute rarement. Cela dit, j'arrive pas à me souvenir comment il a pu se retrouver en conseil de discipline pour un truc aussi bateau : ce genre de blague à la con était monnaie courante à l'époque, on n'en a pas viré tout l'internat pour autant. Ça restera un mystère, je crois.]
moi j’ai pas fait d’internat, j’étais à dix bornes du bahut.
Dis donc ça fait loin pour un bar du lycée, le nôtre était à 200 m à peine :/
ouais mais bon vu le patelin les bars tu les cherchais … :) 5000 habitants, 1500 élèves au lycée venant de tout le Médoc des vignes partout, la gironde.. et pas grand chose d’autre
Putain, tu me fais sentir vieille à chaque fois que je me connecte chez toi. Moi, en 90, je n’achetais plus leurs disques. J’avais déposé les armes après The Joshua Tree, qui m’avait laissée au bord de la nausée (malgré ou à cause de Daniel Lanois. Difficile à définir). Et la reconversion de Bono en donneur de leçons tous azimuts prétentiard m’a définitivement défroquée.
(Purée, je suis bien contente de ne pas avoir connu l’internat. A bas la collectivité !)
D’abord, je tiens à dire qu’en dépit de mon silence dans les commentaires, je suis très assidue lorsqu’il s’agit de suivre les épisodes de ta bio-discographie.
Puis, j’ai noté un petit détail qui m’amuse pas mal, c’est qu’il existe un langage propre aux critiques rocks et autres théoriciens de la pop actuelle, et quand je lis ça je trouve ça tout aussi classe que les figures de style (Cf. note 7), mais je ne comprends pas toujours le message exact. Néanmoins, la phrase étant bien équilibrée ça passe tout seul. J’illustre : « invariablement », mais aussi « des riffs réverbérés ». J’imagine bêtement dans le premier cas que la musique pourrait s’accorder avec un complément mais on tombe là sur un cas précis où elle se doit statique. Et le lien avec la douche devient alors très obscur. J’en conclue que c’est probablement l’effet escompté et je passe à la suite.. Ensuite, le mot « réverbéré » transforme le riff en un élément majestueux et classe comme une lampe de boulevard haussmannien. Après trente secondes de réflexion, je comprends qu’il doit s’agir d’échos, ou je ne sais quoi d’autre, en clair l’image m’apparaît d’abord, puis vient la symbolique. Du coup ça confère aux critiques de concert (prenons cette exemple-là) quelque chose de mystique et impénétrable, et me vient alors invariablement et soudainement l’envie de m’y rendre.
Pour parler de choses sérieuses, U2 chez moi est également lié à la famille, mais ce coup-ci au grand frère qui dans sa jeunesse se faisait charrier par le encore plus grand frère qui disait au premier qu’il écoutait de la musique de tapette. Le très grand frère écoutait alors du bon vieux rock metalleux d’adolescent en rage de vivre, tandis que le plus jeune des grand frères préférais la douceur du rock (si on peut parler ainsi). Encore par rapport à U2, je me souviens du vol entre Amsterdam et Montréal (car la KLM facturait moins cher le voyage au départ d’Amsterdam qu’Air France au départ de Paris) il y avait une sorte de radio avec un playlist déjà établie dans laquelle il y avait ONE, la playlist durait une heure, donc toutes les heures passées de 18 minutes, on y avait le droit. À la fin du vol, tout l’équipage, son personnel de bord, ainsi que les voyageurs en connaissaient les paroles par cœur. Ca chantonnais dans l’aéroport à Montréal, c’était romantique comme tout. Quant au retour, il me semble qu’il y avait Alanis Morissette.
Saryon> Avec un lycée 1 500 bonshommes, le premier truc à faire c’est d’ouvrir un bar à côté. Ils pensent à quoi là-bas ? :þ
Karmara> Pareil que toi, mais seulement après Achtung Baby. Pis hé, je suis pas si jeune que ça non plus, hein, j’étais au collège quand il est sorti :)
[et l'internat c'était top, si c'était à refaire je recommencerais de suite :þ]
Svenska> Merci bien :)
Les expressions utilisées, en fait, jaillissent d’elle-même en écoutant les titres. Quand je parle de riffs réverbérés, je pense avant tout à ceux de The Fly, qui illustrent ça parfaitement. Pour moi, en fait, le critique rock vraiment doué, c’est celui à l’esprit de qui viennent des images décrivant pertinemment et exactement les sons décris à ceux qui lisent. Quand on lit ceux-là expliquant ces disques-ci, en écoutant ensuite ces disques-ci l’on ne peut qu’être frappé par l’exactitude du propos de ceux-là. Ça et la détection d’influence, hein, bien sûr.
La lutte metal/rock dit commercial, je crois que toutes la familles et cours de lycée l’ont connue, celle-là… Pas mal ton histoire de One. Comme je l’ai dit, certains morceaux ont la faculté de replonger pertinemment et exactement là où il faut. Ça m’épatera toujours. Quant à Alanis Morissette, son tour viendra à elle aussi, enfin je crois ;).
à faire du vin…
Ça sert à rien de tirer le vin si derrière on s’arrange pas pour le faire boire ;)
ah j’suis tout à fait d’accord, mais bon ils savent pas faire trop de choses bien, ils savent faire du vin, pour le vendre ils ont parfois plus de problèmes
Pourtant il est pas dégueu, leur picrate. Je comprends pas.
peut etre un peu trop cher ? :)