Il est toujours étrange de se taper l’intégrale des archives de l’année d’un coup, tout voir redéfiler en 20 minutes, se remémorer des détails planqués dans des bouts de phrases subliminales et enchaîner les photos aussi vite que si c’était un film qu’on était en train de mater.
Dans le tas, je dois en choisir une. Pas celle du 23 février, même si traîner dans trois studios et vivre la genèse d’autant d’albums aura marqué mon année. Ni celles du 15 juillet ou du 13 mai, parce j’avais déjà choisi une gare en 2005. En fait pour cette année, j’aurais plutôt pu m’orienter vers celle du 26 novembre, parce qu’en 2006 j’aurai passé plus de temps à regarder les autres partir ou à prendre en photo des gens juste de passage qu’à vraiment m’en aller moi-même. Pas de quoi se plaindre non plus, parce qu’il y a quand même eu des 8 décembre ou des 6 mars, mais j’avouerai quand même qu’un passeport flambant neuf plein de poussière sans aucun tampon, c’est passablement frustrant.
“We should take a trip now to see new places
I’m sick of this town
I see my face has changed.”
2006 en une photo ce sera donc ça :
Rock en Seine, 26 août
Parce que dessus tout y est. Sac à dos, départ, destination. Bouger. Pour 2006 je souhaitais une année des trains et d’étreintes, je les ai eus. Pour 2007, rien de plus que nous-avions, déjà.
Ahahahaha, décidément je ne me lasserai jamais des classements de fin d’année qui n’intéressent absolument personne à part moi mais je m’en fous je fais ce que je veux ici je suis chez moi et je me balade à po-l.
Présentent
Les 5 groupes inconnus au bataillon de 2005 et reconnus d’intérêt public en 2006
Arctic Monkeys, le Bataclan, Paris, 2 mai.
Et oui, toute l’année nous aurons dansé là-dessus [et sur Katerine aussi mais Katerine était déjà connu comme le loup blanc en 2005, lui, donc il compte pas] et force est de constater qu’à l’arrivée, on retiendra plutôt les singes polaires têtes à baffes britanniques que les Loupmaman vintage-touffe australiens, mais alors de peu, hein, parce que les concours d’air guitar sur Woman de cette année, je suis pas près de les oublier. Mais il fallait bien en choisir un, va, et ce un là sera ceux-ci.
Arctic Monkeys
Wolfmother
Mademoiselle K
The Duke Spirit
Guillemots
avec
2005 en 5 chouettes groupes pas connus en 2004
The Arcade Fire
The Dresden Dolls
Brendan Benson
The Hard Lessons
Little Barrie
1996 en 5 groupes blabla tout ça
N/A
Bande-son : Arctic Monkeys ― I Bet That You Look Good On The Dancefloor
1 C’est en effet plutôt un renard qu’un ours, même pas forcément bègue, d’ailleurs, mais faut avouer que « renard éventuellement bègue qui se courbe » aurait été encore plus pourri, comme titre.
Finir dans les journaux réveillé, La folie douce tendu, Mon ivresse (À l’autoroute A3) survolté… Si le côté rock aiguisé du deuxième album séduisait sur disque, il arrache tout en live. Elista s’énerve, enrage et électrise même ses anciennes compos (La vie à deux, Déçus du paradis). On passa par quelques phases calmes sur Derrière elle ou Tu es légère, mais dans l’enchaînement final (J’ai beau tout tester) Je déteste tout / Je suis une nuit de tempête / Debout / Dès le départ, dès le début parachevé par un break de poney grave « à la Killers » ― dixit une fille croisée à la fin ― c’est le côté brut du truc qui l’emporte dans une fusion électrique fustigée d’arrangements bordéliques mais efficaces. Chapeau. Bas.
À peine commencent-ils Take A Bow que les 17 000 d’en face sautent déjà sur place. Les lumières s’allument et s’éteignent sur la salle, montrant un océan de bras, une marée humaine qui ne se calme que rarement, le temps d’un City Of Delusion ou Forced In, mal accueillis par rapport au reste. Supermassive Black Hole et Starlight ? On attend que ça passe. New Born et Map Of The Problematique, on s’énerve déjà plus. On passe d’un coup du show rock au concert classique quand surgit le piano du Nil de Butterflies And Hurricanes au bout des doigts d’un Bellamy esseulé d’un seul spot, la caméra en gros plan sur ses doigts.
Instant.
Retour à la fureur. Concours de perçage de ballons sur Bliss, qui s’éternise, continue bien après le titre, Bellamy dort sur son piano en attendant, puis s’éveille et joue un air de cirque pendant que s’égrènent les baudruches. 5, 4, 3, Wolstenhome en explose un d’un coup de basse, laissant une flaque de paillettes rouges sur la scène. Dernier ballon. Ovation. Feeling Good au piano. Howard demande qu’on allume briquets et téléphones, Bercy dans un espace magique d’étoiles oranges et bleues pour Invincible. Time Is Running Out est un retour sur Terre violent, Plug In Baby est encore pire. Rideau. Rappel. Boire une de ses larmes sur Sunburn. Hysteria bien nommé, impro en flammes, Stockholm Syndrome sublimé terminé à la hache, blackout et deuxième rappel galopant de Knights Of Cydonia, extatique, putain, excitation collective et karaoke géant, explosion de fumigènes.
fini.
Sortir de Bercy, remonter vers Gare de Lyon en continuant le concert à la guitare en carton, rentrer chez soi en pensant que finalement Black Holes And Revelations n’est pas un album mais un maxi-single de Knights Of Cydonia précédé de 10 faces B et, en revoyant Bellamy terminer Stockholm Syndrome dans une impro de guitar-hero, irisé dans le contre-jour bleu nuit d’un spot du fond de scène, en gros-plan sur l’écran géant, en venir à l’évidence : ce mec finira par ne plus faire que des stades, parce que son groupe et lui sont taillés pour ça. Et c’est tant mieux.
Bande-son : Muse ― Knights Of Cydonia (live Canal +, 9 juin 2006)
“I am tired, I am weary
I could sleep for a thousand years
A thousand dreams that would awake me
Different colors made of tears.”
T’as chanté ça au bar du lycée toute ton année de première durant et tu l’avais complètement oublié ; En 4 vers et 12 secondes, c’est toute une partie de toi-même enterrée depuis des lustres qui ressuscite et te tombe dessus comme si tu la croisais au supermarché du coin.
― « Salut, moi. Je deviens quoi ? »
Bande-son : Velvet Underground ― Venus In Furs (Scepter studio, April 1966)
Sont les jours du métissage. Couleur 3 s’unit à la chaîne 2 du Mali pour une semaine de radio inégralement en commun, de l’animation/réalisation des émissions jusqu’à la programmation musicale. L’idée est géniale, le résultat brillant. On peut lire le blog de ce melting-pot radiophonique là, lire son communiqué de presse là et surtout l’écouter là.