Archive pour 2003

Tom McRae @ l’After-Club, Amnéville.

Tom McRae est triste. Au vu de l’aura de mélancolie et de douceur que ce gars-là dégage, on sent qu’il a du souffrir, un jour ou l’autre. Et cette souffrance a été si tenace qu’il a décidé de la mettre en texte tout d’abord, puis en musique ensuite. Il l’avoue d’ailleurs lui-même au moment d’introduire Mermaid Blues, dans un français hésitant (mais fort louable), « cette chanson n’est pas très heureux… comme tous mes chansons. »

C’est peut-être cette mélancolie ambiante le véritable moteur de la musique de Tom McRae. Un noyau étoffé d’une très belle voix, un peu chuintante, et d’arrangements travaillés. L’ensemble provoque une grande émotion dans la salle. La formation acoustique pourrait sembler simple, avec McRae à la guitare, Olli Cunningham au piano et Oli Kraus au violoncelle ; Elle est en fait épatante de part la diversité des sons qui sortent de l’ensemble et tout spécialement du violoncelle, tour à tour dépressif ou enragé.

Le public écoute et vibre sur les chansons les plus connues comme Dose Me Up (End Of The World News) ou A & B Song , point d’orgue de ce soir. McRae présente son groupe, introduit ses chansons, fait participer le public, le tout en français. L’ambiance intime du lieu renforce cette proximité entre le chanteur et la salle et Tom McRae se permet même de chanter Bloodless sans micro avec le soutien vocal du public. Une magie qui perdure pendant tout le concert, de Walking 2 Hawaii à São Paulo Rain, jusqu’à la toute fin quand viennent les deux rappels et le final, Second Law, interprété en solo au piano. Juste avant de prendre congé, Tom McRae promet de revenir dans un an avec tout son groupe. Au vu de la prestation de ce soir, mieux vaudrait ne pas louper le rendez-vous.

Muse @ le Zénith, Nancy.

Dès leur entrée en scène, les trois Anglais allument dans le Zénith un feu qui va être sacrément long à éteindre. Matthew Bellamy, tout de blanc vêtu dans une redingote des plus seyantes, entame Apocalypse Please sur son clavier magique qui fait de la lumière en fonction des accords et accroche pour une bonne heure et demi sa voix au plafond. Décidément clé de voûte du groupe, il passe indifféremment du clavier lumineux à la guitare qui clignote dans un son et lumière des plus puissants. Entre le jeu de batterie musclé de Wolstenhome et les envolées lyriques de la voix de Bellamy, le public, véritable quatrième homme ce soir, hurle, reprend les refrains et se démène en suivant la musique, en accueillant toute fois moins bien les chansons du dernier album. Absolution se fait pourtant la part belle du concert de ce soir avec dix de ses douze titres joués, mais des chansons comme Thoughts Of A Dying Atheist, Endlessly ou Blackout font largement moins effet que des New Born, Plug-In Baby ou autres Sunburn. À la moitié du concert, un écran géant en triptyque descend dans le fond de la scène et alterne les images envoyées par de petites caméras dispersées sur scène et celles de paysages. Montagnes et autres soleils couchants défilent, comme si l’absolution recherchée par le groupe se trouvait au-dessus de nous. Bien au-dessus même, quand vient le quart d’heure galactique de Space Dementia. Pour le reste, le public chavire sous les coups de Butterflies And Hurricanes, Muscle Museum et Citizen Erased. L’apogée de cette ambiance hystérique est atteinte sur Time Is Running Out et Stockholm Syndrome, qui clôt le concert sous les paillettes. Les lumières se rallument, je regarde autour de moi, j’écoute, plus personne n’a de voix. Une arme de destruction massive de cordes vocales vient de faire 5 000 victimes.

Placebo @ le Galaxie, Amnéville.

Le trio anglais n’y est pas allé par quatre chemins pour imposer son quintette. Un quintette composé de nos trois gars et de MM. Xavier Roide et Bill « Toxico de résidence » Loyd en guise de soutien. Leur renfort apporte à l’ensemble un bon gros son, plus fourni (voire trop sur certains titres) et plus de liberté à Brian Molko et Stefan Olsdal. Every You Every Me, This Picture ou Without You I’m Nothing rendent la foule dingue, sans oublier The Bitter End, sur laquelle la tempête humaine atteint son paroxysme.

Par contre, si musicalement ça ne pourrait être mieux, la présence du groupe entre deux chansons n’est pas des meilleures. Loin des longs discours métaphysiques qui ont ponctué les concerts de la tournée du début d’année, Brian Molko ne semble pas avoir le cœur au one man show ce soir et Placebo enchaîne les titres sur a une cadence industrielle (stakhanoviste, oui!). Heureusement, le chanteur finit par se réveiller après English Summer Rain , commence à causer aux gens et interagir avec eux.

Cette soudaine prise en compte du public relève d’un coup l’émotion du show. On a ainsi droit à une superbe version de Without You I’m Nothing et un excellent Special K en guise de premier final. Placebo livre ensuite un Slave To The Wage vibrant sur lequel le public chante longtemps. Taste In Men et Pure Morning , si oppressants grâce au jeu de batterie de Steve Hewitt, viennent compléter le tableau avant que Centrefolds ne plonge la salle dans un spleen latent. C’est enfin la reprise des PIXIES, Where Is My Mind, qui vient clore le concert en apothéose, le public reprenant le refrain à tue-tête.

Impeccable et de plus en plus impressionnant, Placebo a fourni ce soir une très bonne prestation, qui aurait toutefois pu être excellente avec une plus prompte prise en compte du public. On est décidément exigeant avec les meilleurs.